# VosCitations Texte integral des 20 pages de https://voscitations.org, genere le 2026-08-19. --- # VosCitations | Citations de philosophie et de littérature, avec leurs sources URL : https://voscitations.org/ Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Rabelais, Pantagruel, chapitre VIII, 1532 Une citation ne vaut que par sa source Recueil raisonné de citations de philosophie et de littérature, avec leur référence exacte, leur contexte, et la liste des formules que l’on prête chaque jour à des auteurs qui ne les ont jamais écrites. Le principe ## Trois lignes, un auteur, et presque jamais de référence La citation circule plus vite que sa source. Elle passe d’un recueil à une image partagée, d’un diaporama à une copie de baccalauréat, en perdant à chaque étape le titre de l’œuvre, la date, et parfois l’auteur lui-même. Ce site part d’un principe simple : une citation sans référence vérifiable n’est pas une citation, c’est une phrase. Chaque formule reproduite ici est accompagnée de son œuvre, de son chapitre ou de son acte quand il existe, et de sa date de publication. Quand une attribution est douteuse, elle est signalée comme telle plutôt que passée sous silence. Le second principe tient au sens. Une phrase extraite d’un dialogue de théâtre ne dit pas ce que pense son auteur : elle dit ce que dit un personnage, à un moment donné, devant quelqu’un. La confusion entre les deux produit la moitié des contresens que l’on lit sur les citations les plus connues. Le sottisier ## Six formules que l’on attribue mal Elles sont partout : sur les affiches de salle des professeurs, dans les discours, en tête de copies. Aucune ne se trouve sous la plume de celui à qui on la prête. Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. Ce que l’on dit : Voltaire, sur la tolérance. Ce qui est établi : la phrase est d’Evelyn Beatrice Hall, dans The Friends of Voltaire (1906), publié sous le pseudonyme S. G. Tallentyre. Elle la présentait comme un résumé de l’attitude de Voltaire, pas comme une citation. Elle est devenue citation par recopiage. Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. Ce que l’on dit : Gandhi. Ce qui est établi : aucune trace dans ses écrits ni dans ses discours recensés. La formule est une condensation tardive d’un propos beaucoup plus long et beaucoup moins slogan, où il parlait de la façon dont le monde reflète nos propres tendances. Qu’ils mangent de la brioche. Ce que l’on dit : Marie-Antoinette, devant le peuple affamé. Ce qui est établi : Rousseau rapporte le mot d’« une grande princesse » dans les Confessions , pour des faits qu’il situe avant l’arrivée de Marie-Antoinette en France, alors qu’elle était encore une enfant à Vienne. L’attribution est une construction postérieure. Élémentaire, mon cher Watson. Ce que l’on dit : Sherlock Holmes, chez Conan Doyle. Ce qui est établi : la phrase n’apparaît sous cette forme dans aucune des nouvelles ni aucun des romans du canon. Elle vient des adaptations, au théâtre puis au cinéma, et a été rétroprojetée sur les livres. La fin justifie les moyens. Ce que l’on dit : Machiavel, Le Prince . Ce qui est établi : la formule ne figure pas telle quelle dans l’ouvrage. Elle résume, en la durcissant, un raisonnement sur le jugement porté après coup sur l’action du prince. Le raccourci a fabriqué le machiavélisme bien plus que Machiavel. L’enfer, c’est les autres. Ce que l’on dit : Sartre, misanthrope. Ce qui est établi : la phrase est bien de Sartre, dans Huis clos (1944), mais elle est dite par un personnage enfermé. Sartre lui-même a expliqué qu’elle visait le rapport à soi lorsqu’on se juge exclusivement par le regard d’autrui, et non les autres en général. Citation exacte, sens habituellement inversé. ### Le réflexe qui évite la moitié des erreurs Avant de reprendre une formule, se demander où elle est censée avoir été écrite ou dite. Si la réponse ne dépasse pas un nom d’auteur, la citation n’est pas sourcée. Un nom n’est pas une référence. La méthode ## Vérifier une citation en cinq gestes - Remonter à l’œuvre, pas au recueil Un florilège cite un autre florilège, qui cite une affiche. La chaîne ne s’arrête qu’au texte publié : un titre, une partie, un chapitre, un acte, une scène, une date d’édition. - Chercher la phrase entre guillemets Dans les corpus numérisés, une recherche exacte sur une portion caractéristique donne très vite le résultat. L’absence totale d’occurrence avant une certaine décennie est déjà une réponse. - Tester l’anachronisme Un mot, un concept ou un objet postérieur à l’auteur suffit à disqualifier la formule. Beaucoup de citations antiques échouent sur ce seul critère. - Vérifier la traduction Pour un texte étranger, comparer deux traductions françaises. Une formule qui n’existe que dans une seule version est souvent un effet de traducteur, pas une intention d’auteur. - Rendre le contexte Lire les lignes qui précèdent et qui suivent. Qui parle, à qui, contre quoi. C’est ce geste, et non les quatre autres, qui change la valeur de la citation dans un devoir. De la phrase entendue au texte publié, la vérification tient en une chaîne de renvois. L’usage scolaire ## La citation n’est pas un argument C’est l’erreur la plus fréquente dans les copies : poser une phrase d’auteur et considérer que la démonstration est faite. Une citation ne prouve rien, elle donne à analyser. En accroche. Une citation d’introduction n’a d’intérêt que si elle contient le problème du sujet. Choisie pour son prestige plutôt que pour sa pertinence, elle se voit immédiatement, et elle coûte plus qu’elle ne rapporte. Dans le développement. La citation vient après l’idée, jamais à sa place. Elle est ensuite travaillée mot à mot : c’est le commentaire des termes choisis par l’auteur, et non la présence de la phrase, qui fait la valeur du paragraphe. Dans la mise en forme. Guillemets français, texte exact, coupes signalées par des crochets, référence complète en note ou entre parenthèses. Une citation modifiée sans le dire est une faute, même quand la modification paraît anodine. ### Les quatre vérifications avant de rendre - La citation est-elle exacte, mot pour mot ? - L’auteur, l’œuvre et la date sont-ils indiqués ? - Le passage cité dit-il vraiment ce que je lui fais dire dans le contexte de l’œuvre ? - Ai-je analysé au moins un mot de la citation, ou l’ai-je seulement recopiée ? Le cadre ## Ce que la loi française appelle une courte citation Le Code de la propriété intellectuelle autorise, par exception au monopole de l’auteur, les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre dans laquelle elles sont incorporées. Deux conditions accompagnent cette exception : le nom de l’auteur et la source doivent être clairement indiqués, et la citation doit rester brève au regard de l’œuvre citée comme de l’œuvre citante. Trois conséquences pratiques. Reproduire un poème entier n’est pas une citation, quelle que soit la longueur du poème. Une citation qui se substitue à la lecture de l’œuvre sort de l’exception. Et l’absence de mention de la source suffit à faire tomber la protection, même quand la citation est brève. Les œuvres tombées dans le domaine public échappent au droit patrimonial, mais pas au droit moral : le nom de l’auteur et l’intégrité du texte restent dus. C’est la raison pour laquelle les citations reproduites sur ce site portent toutes leur référence, y compris lorsque l’auteur est mort depuis quatre siècles. La citation affichée en classe est un texte comme un autre : elle se discute. En classe ## Faire travailler une citation avec des élèves Une citation mal sourcée affichée au mur d’une salle enseigne exactement le contraire de ce que l’on cherche à transmettre. À l’inverse, une formule douteuse devient un excellent support d’enquête : les élèves cherchent l’origine, découvrent qu’elle n’existe pas, et retiennent la méthode bien mieux qu’avec un cours sur les sources. Trois exercices fonctionnent à tous les niveaux du secondaire. Faire comparer deux traductions d’une même phrase et expliquer l’écart. Donner une citation et son contexte séparément, puis demander ce que le contexte change. Confier une formule célèbre à vérifier, avec obligation de rendre la référence exacte ou la mention « introuvable ». Ce travail rejoint celui des équipes qui documentent la vie des établissements : Label Écoles Équitable raconte le quotidien des écoles et de leurs projets pédagogiques , et l’on y retrouve la même exigence de sources vérifiables appliquée à des sujets bien différents des nôtres. Les questions ## Ce que l’on nous demande Comment citer une citation trouvée dans un autre livre ? En indiquant les deux références : la citation d’origine, puis la mention « cité par » suivie de l’ouvrage dans lequel on l’a lue. C’est la seule façon honnête de dire que l’on n’a pas consulté la source première, et cela protège en cas d’erreur de l’intermédiaire. Peut-on modifier une citation pour l’intégrer à sa phrase ? Oui, à condition de signaler toute intervention : crochets pour un ajout ou un changement de conjugaison, points de suspension entre crochets pour une coupe. Ce qui est interdit, c’est de modifier sans le dire, y compris pour corriger ce que l’on croit être une faute de l’auteur. Une citation apocryphe peut-elle être utilisée ? Oui, si elle est présentée comme telle et que l’on en fait le sujet. « La formule que l’on prête à Voltaire » est une entrée en matière parfaitement recevable ; « Voltaire disait » sur la même formule est une erreur factuelle. Où trouver la référence exacte d’un texte ancien ? Dans les bibliothèques numériques patrimoniales et les éditions savantes, qui donnent la pagination et l’établissement du texte. Les recueils de citations en ligne sont un point de départ, jamais une preuve : ils recopient très largement les erreurs les uns des autres. Faut-il traduire une citation en langue étrangère ? L’usage académique français demande la traduction, avec le texte original en note quand la formulation compte. Pour les langues anciennes, la traduction retenue doit être identifiée : elle engage l’interprétation autant que le commentaire. Combien de citations dans une dissertation ? Il n’existe pas de nombre attendu. Une copie construite autour de deux citations analysées en profondeur vaut mieux qu’une copie qui en aligne quinze sans en commenter aucune. La citation est un outil de démonstration, pas une preuve de lecture. Le site ## Qui tient ce recueil VosCitations réunit des citations de philosophie et de littérature avec leur référence exacte, et documente les attributions fautives les plus répandues en français. Antoine Rivière Professeur de lettres, il tient ce recueil depuis sa salle de classe et vérifie chaque référence sur l’édition citée avant publication. Les fiches d’attribution douteuse indiquent toujours ce qui est établi et ce qui reste incertain. Les auteurs les plus cités sont aussi les plus mal cités. Une erreur, une référence incomplète, une attribution à corriger : les signalements documentés sont les bienvenus et les corrections apportées sont datées. Les dossiers ## Les recueils et les auteurs Les citations sont classées par thème et par auteur. Chaque page donne les références exactes et signale ce qui circule sans source établie. ### Les recueils par thème - Citations sur l’amour, avec leurs sources Les formules les plus citées sur l'amour, chacune rendue à son œuvre, avec ce que le contexte change à leur sens. - Citations sur le mariage, avec leurs sources Le mariage vu par les moralistes, les dramaturges et les romanciers : citations attestées et attributions douteuses. - Citations sur la vie, avec leurs sources Ce que la philosophie et la littérature ont écrit de la vie, avec la référence exacte de chaque formule. - Citations sur l’homme, avec leurs sources La condition humaine chez les moralistes et les philosophes : citations sourcées et contextualisées. - Citations sur la vérité, avec leurs sources La vérité, le mensonge et l'erreur : les formules les plus reprises, rendues à leur texte d'origine. - Citations sur l’amitié, avec leurs sources De Montaigne à Camus, ce qui a été écrit de l'amitié, avec l'œuvre et la date de chaque citation. - Citations sur l’histoire, avec leurs sources L'histoire comme discipline et comme destin : citations attestées, et les deux formules que l'on prête à tort à leurs au ### Les auteurs - Les auteurs, et ce qu’on leur prête L'index des auteurs du recueil : pour chacun, les formules attestées, celles qui circulent sans source, et l'œuvre où al - Alain, le philosophe des Propos Émile Chartier, dit Alain : ce qu'il a réellement écrit dans les Propos, et les formules qu'on lui prête sans référence. - Albert Camus, cité et mal cité Les phrases de Camus les plus reprises, rendues à leur œuvre, et celles qui circulent sous son nom sans se trouver dans - Nietzsche, l’auteur le plus mal cité Ce qui vient vraiment de Nietzsche, dans quelle œuvre et dans quelle traduction, et ce que l'on met dans sa bouche. - Oscar Wilde, le mot d’esprit et sa source Les mots de Wilde sont les plus recyclés de la langue anglaise : voici ceux qui sont dans son œuvre, et ceux qui n'y son - Jules Renard, le Journal comme atelier Le Journal de Jules Renard se cite à la date : voici les formules les plus reprises et le jour où elles ont été écrites. - Pascal, les Pensées et leur numérotation Citer Pascal suppose de dire quelle édition on suit : Brunschvicg, Lafuma ou Sellier ne donnent pas les mêmes numéros. - La Rochefoucauld, la maxime et son numéro Les Maximes se citent par leur numéro d'édition : les plus connues, leur texte exact et ce que les cinq éditions ont cha - Freud, la traduction change le sens Freud est lu en français à travers des traductions qui divergent : ce que cela change aux formules qu'on lui attribue. ### Méthode et cadrage - Les recueils, par sujet Amour, mariage, vie, vérité, amitié, histoire : les recueils thématiques, chaque citation donnée avec son œuvre et sa da - Les proverbes ne sont pas des citations Un proverbe n'a pas d'auteur, et c'est ce qui le distingue d'une citation : origine, variantes, et pourquoi l'attributio - Anonyme, inconnu, apocryphe : le rayon des sans-source Ce que veulent dire « anonyme », « inconnu » et « apocryphe » dans un recueil, et pourquoi ces mentions valent mieux qu' --- # Citations sans auteur : anonyme, inconnu, apocryphe URL : https://voscitations.org/attributions-douteuses/ VosCitations › Anonyme, inconnu, apocryphe : le rayon des sans-source Anonyme, inconnu, apocryphe : le rayon des sans-source Anonyme, inconnu et apocryphe ne disent pas la même chose : ces mentions de prudence évitent d’habiller d’un faux nom une phrase sans preuve. Dans un recueil sérieux, l’absence de nom n’est pas un défaut à maquiller. C’est une information. Elle dit quelque chose de l’état réel de la source, de ce que l’on sait, et de ce que l’on ne sait pas encore. Le principe posé sur le recueil raisonné de citations et de fausses attributions est simple : mieux vaut une mention sobre qu’une signature inventée. Entre anonyme, inconnu et apocryphe, la nuance n’est pas décorative. Elle protège le texte, et elle protège le lecteur. Un nom n’est pas une preuve Beaucoup de phrases circulent avec un auteur, mais sans œuvre, sans date et sans lieu précis dans le texte. Dans ce cas, le nom ne renseigne pas, il rassure seulement. Ce n’est pas la même chose. ## Trois mentions, trois situations Ces trois mots servent à classer des cas différents. Les confondre produit deux erreurs inverses : donner un auteur à une phrase qui n’en a pas, ou priver d’une source exploitable un texte dont l’origine est pourtant connue. ### Anonyme Anonyme s’emploie quand le texte a une source identifiable, mais pas d’auteur nommé. On sait d’où vient la phrase, on ne sait pas qui l’a signée, ou bien elle a été publiée sans signature. C’est fréquent pour une inscription, un pamphlet, un article non signé, un texte collectif, une chanson traditionnelle fixée tardivement, ou une œuvre transmise sans nom d’auteur. Dans ce cas, la citation reste parfaitement valable si la référence textuelle est stable. On peut citer un titre, un recueil, un manuscrit, un journal, une anthologie, une date approximative établie par les spécialistes. L’anonymat de l’auteur n’empêche pas la précision de la source. ### Inconnu Inconnu est plus flottant, et il faut l’utiliser avec retenue. Il convient quand l’existence d’un auteur est certaine, mais que son identité n’a pas été retrouvée, ou quand le support original manque encore. Autrement dit, la phrase n’est pas volontairement sans nom, elle est aujourd’hui sans nom connu. Ce terme doit rester une mention d’attente, pas un fourre tout. Si l’on connaît au moins le texte, le périodique ou la tradition de transmission, il vaut mieux nommer cette source plutôt que d’écrire simplement inconnu. Une notice qui dit seulement inconnu renseigne peu. Une notice qui dit, par exemple, anonyme, revue satirique, vers 1890, renseigne déjà beaucoup plus. ### Apocryphe Apocryphe ne signifie pas sans auteur. Le mot désigne, dans l’usage des recueils, une phrase attribuée à un auteur sans preuve textuelle établie, ou contredite par l’état des œuvres. La formule a souvent un nom très célèbre, précisément parce qu’un nom célèbre aide à la faire circuler. Une citation apocryphe peut avoir un auteur réel, mais cet auteur n’est pas celui qu’on répète. Elle peut aussi n’être qu’une paraphrase devenue slogan. La rubrique les auteurs, et ce qu’on leur prête montre à quel point ce déplacement de signature touche surtout les écrivains les plus cités. Mention Ce qu’elle dit Ce qu’elle n’autorise pas Anonyme La source est repérée, l’auteur n’est pas nommé Inventer un auteur pour compléter la fiche Inconnu L’auteur ou le support exact n’a pas été retrouvé Présenter une attribution probable comme certaine Apocryphe L’attribution qui circule n’est pas établie Continuer à citer le nom prestigieux sans réserve ## Pourquoi ces mentions valent mieux qu’un nom ajouté après coup Le faux nom rassure, mais il abîme tout le reste. Il décourage la vérification, il fausse le contexte, il brouille la chronologie et il finit par fabriquer un auteur imaginaire, fait de morceaux empruntés. Une phrase inconnue, soudain signée Pascal, Nietzsche ou Wilde, change immédiatement de statut dans l’esprit du lecteur. Je prends mon bien où je le trouve. Molière, Les Fourberies de Scapin, acte I, scène 5, 1671 Sortie de la pièce, cette réplique devient facilement une maxime générale sur l’emprunt. Dans la pièce, c’est une parole de personnage, avec une situation, un ton et un effet comique. Le passage du texte à la formule est rapide. Le passage de la formule à la fausse attribution l’est encore plus. Beaucoup de phrases que l’on range parmi les citations sont en réalité des formules collectives, des dictons ou des proverbes. La page les proverbes ne sont pas des citations aide à faire cette séparation simple, mais souvent oubliée. Le problème n’est donc pas seulement l’auteur. C’est aussi le type de texte. Une phrase peut être ancienne, juste, brillante, et pourtant ne relever ni d’une œuvre signée ni d’une source localisable. Elle doit alors être présentée comme telle, sans inflation d’autorité. Si l’on cherche d’abord des textes vérifiés par thème, mieux vaut partir des recueils classés par sujet , où les phrases sont retenues parce qu’elles ont une référence, pas seulement parce qu’elles circulent. ## Que faire quand la formule circule sans référence Le bon réflexe n’est pas de combler le vide. C’est de décrire le vide exactement. Une notice honnête peut être brève. Elle doit surtout dire ce qui est établi, puis ce qui ne l’est pas. - Identifier la forme qui circule réellement, sans l’améliorer. - Demander une œuvre, pas seulement un nom. - Vérifier si la phrase figure textuellement dans cette œuvre. - Si aucune source primaire ne se laisse retrouver, signaler l’attribution comme non établie. - Si la phrase ressemble à une reformulation, le dire clairement. Cette méthode évite la plupart des erreurs ordinaires. Elle évite aussi un travers fréquent des anthologies anciennes : donner un auteur à partir d’un simple air de famille. Un bon mot sur l’artifice sera attribué à Wilde, une phrase grave sur le destin à Nietzsche, une formule sèche sur le cœur à La Rochefoucauld. La vraisemblance n’est pas une référence. Le cas d’Oscar Wilde est exemplaire : beaucoup de mots d’esprit lui ressemblent, et un grand nombre ne se trouvent nulle part sous sa plume. La page Oscar Wilde, le mot d’esprit et sa source montre bien cette mécanique de ressemblance trompeuse. Formule utile Quand la preuve manque, une phrase correcte suffit : attribution circulante sans référence établie. Cette mention est plus utile qu’un nom répété cent fois sans œuvre, sans date et sans texte. ## Ce que le lecteur peut attendre d’une notice honnête Une bonne notice ne dramatise pas l’incertitude. Elle la borne. Elle peut dire : auteur anonyme, source déterminée. Elle peut dire : texte connu par une tradition tardive. Elle peut dire : attribution moderne, non retrouvée dans les œuvres. Chacune de ces formules rend un service précis. Elle doit aussi éviter trois facilités : - Confondre absence de signature et absence de source. Un texte anonyme peut être très bien localisé. - Confondre notoriété et authenticité. Plus une phrase est reprise, plus elle semble vraie, alors que la répétition prouve seulement la circulation. - Confondre résumé et citation. Une idée d’auteur peut être correctement résumée sans que la formule répétée soit de lui. Pour le lecteur, la conséquence est concrète. Une mention prudente permet de citer juste en dissertation, en cours, dans un article ou dans une anthologie personnelle. Elle évite de faire porter à un écrivain une phrase qu’il n’a jamais écrite. Elle évite aussi de perdre une source authentique sous une étiquette paresseuse. Au fond, anonyme, inconnu et apocryphe ne sont pas des catégories de rebut. Ce sont des outils de classement. Ils disent le degré de certitude disponible. Dans un domaine où tant de phrases vivent détachées de leur texte, cette modestie documentaire vaut mieux qu’une fausse précision. Le meilleur recueil n’est donc pas celui qui remplit toutes les cases. C’est celui qui laisse vides les cases qu’il ne peut pas remplir honnêtement, et qui explique pourquoi. Revenir aux citations sourcées --- # Alain : citations sourcées et Propos URL : https://voscitations.org/auteur-alain/ VosCitations › Alain, le philosophe des Propos Alain, le philosophe des Propos Chez Alain, la formule brève vient presque toujours d'un Propos précis, et c'est cette origine, œuvre ou date, qui décide de sa valeur. Émile Chartier, dit Alain, 1868 à 1951, n'a pas laissé un simple carnet de maximes. Il a publié des milliers de textes brefs, les Propos , d'abord dans la presse, puis dans des recueils thématiques. C'est la raison pour laquelle tant de phrases circulent sous son seul nom, comme si Alain était une fabrique de slogans philosophiques. Le problème est là : pour Alain, le nom d'auteur ne suffit presque jamais. Il faut savoir si la formule vient d'un Propos daté, d'un recueil composé après coup, ou d'une anthologie scolaire qui a prélevé une seule phrase. La méthode du recueil raisonné des citations sourcées s'applique ici avec une vigilance particulière. Le cas Alain rappelle celui du Journal de Jules Renard , autre œuvre morcelée par les florilèges. Chez l'un comme chez l'autre, la phrase isolée gagne en netteté ce qu'elle perd en contexte. ## Pourquoi Alain est souvent mal cité Les Propos ont une histoire éditoriale compliquée. Un même texte peut avoir une première vie dans un journal, puis une seconde dans un recueil organisé par thème, par exemple politique, bonheur, éducation ou religion. Celui qui cite Alain sans autre précision confond souvent ces niveaux. Il faut ajouter un second effet, très moderne : la compression. Une phrase de plusieurs lignes devient une formule de sept mots. Un raisonnement ironique devient une vérité générale. Alain y perd ce qui fait sa voix, le mouvement du doute, l'objection, la reprise, parfois même la cible exacte. Pour les autres écrivains ainsi réduits à quelques sentences, la rubrique les auteurs, et ce qu'on leur prête permet de comparer les erreurs les plus fréquentes. Alain y occupe une place à part, parce que son œuvre brève favorise naturellement le découpage. Le bon réflexe Devant une phrase attribuée à Alain, il faut demander plus qu'un nom. Quel recueil, quelle date, quel Propos, ou au moins quel volume thématique ? Sans ce minimum, on n'a qu'une formule flottante. ### Ce que les recueils mélangent - le texte bref paru d'abord dans la presse, - le volume thématique qui le reprend, - la phrase détachée par un manuel ou une affiche, - la paraphrase moderne, plus frappante que fidèle. Les regroupements thématiques d'Alain ressemblent aux découpages décrits dans les recueils, par sujet . Plus la chaîne de reprise est longue, plus la référence exacte s'efface. ## Deux formules que l'on peut citer Quelques phrases d'Alain sont suffisamment établies pour être citées sans précaution excessive, à condition de donner l'œuvre. Elles sont célèbres, justement parce qu'elles condensent une position entière. Penser, c'est dire non. Alain, Propos sur les pouvoirs , 1925 La phrase est brève, mais elle n'invite pas à la contradiction pour la contradiction. Chez Alain, penser commence par une résistance, celle de l'esprit qui n'accepte pas immédiatement l'opinion reçue, l'ordre établi ou l'évidence paresseuse. Hors de ce contexte, on en fait parfois un éloge de l'opposition systématique, ce qu'elle n'est pas. Le pessimisme est d'humeur; l'optimisme est de volonté. Alain, Propos sur le bonheur , 1928 C'est sans doute la formule d'Alain la plus souvent reprise. Elle vaut mieux que son usage décoratif. Alain n'oppose pas ici deux doctrines abstraites, mais deux attitudes concrètes. Le pessimisme relève d'une disposition subie, l'optimisme d'un effort. C'est une morale de l'exercice, non une injonction à sourire. Ces deux exemples montrent ce qu'est une citation acceptable sur Alain : un texte bref, une œuvre identifiable, une date d'édition. Ce n'est pas encore l'idéal bibliographique, mais c'est déjà autre chose qu'une phrase accompagnée du seul nom du philosophe. ## Formules prêtées à Alain, prudence nécessaire D'autres phrases sont régulièrement données comme d'Alain, parfois depuis des décennies, mais sans référence stable ou avec des indications contradictoires selon les recueils. Dans ce cas, mieux vaut suspendre l'attribution que la répéter. Formule Référence retenue Statut Penser, c'est dire non. Alain, Propos sur les pouvoirs , 1925 Citation établie Le pessimisme est d'humeur; l'optimisme est de volonté. Alain, Propos sur le bonheur , 1928 Citation établie Le doute est le sel de l'esprit. Attribuée à Alain, sans référence précise retenue ici Attribution à vérifier Rien n'est plus dangereux qu'une idée, quand on n'a qu'une idée. Attribuée à Alain, sans référence précise retenue ici Attribution à vérifier Pour ces deux dernières formules, l'attribution à Alain est très répandue. Il est possible qu'elles aient bien une source dans son œuvre. Mais tant qu'une référence précise, vérifiable et concordante n'est pas retenue, elles doivent être traitées comme des attributions en suspens, non comme des citations acquises. Quand la piste s'arrête à une image, à un diaporama ou à un recueil secondaire, la formule relève plutôt de la rubrique anonyme, inconnu, apocryphe . Cela vaut aussi pour Alain : la célébrité d'un nom n'améliore pas la qualité d'une source. ### Avant de reprendre une phrase d'Alain - Vérifier si la phrase apparaît dans un ouvrage d'Alain clairement identifié. - Noter l'année du recueil, au minimum. - Se demander si la formule n'est pas une coupe dans un développement plus long. - Refuser les attributions qui changent de livre selon les sites ou les manuels. Cette prudence a un effet utile : elle fait relire Alain autrement. On découvre moins un distributeur de bons mots qu'un moraliste du jugement, de l'attention et de l'action. La formule n'est jamais séparée d'un exercice de pensée. Les citations d'Alain sur la vérité, la vie, l'homme ou le bonheur méritent donc un double contrôle, celui du texte et celui du contexte. C'est à ce prix seulement qu'une phrase d'Alain cesse d'être un mot d'affiche et redevient un Propos . Revenir aux citations sourcées --- # Albert Camus : citations et références exactes URL : https://voscitations.org/auteur-albert-camus/ VosCitations › Albert Camus, cité et mal cité Albert Camus, cité et mal cité Chez Camus, quelques phrases sont solidement ancrées dans une œuvre précise, beaucoup d’autres circulent seules, raccourcies, déplacées ou simplement introuvables. Camus appartient au petit groupe d’auteurs dont le nom semble suffire. C’est justement le piège. On le cite par fragments, sur des affiches, dans des discours, dans des copies, souvent sans titre, sans date, sans indication de genre. Or son œuvre n’est pas d’un seul bloc. Il y a des romans, des essais, du théâtre, des articles, des conférences, des discours, des Carnets. Une phrase de Meursault, de Clamence ou d’un personnage des Justes ne vaut pas automatiquement profession de foi de l’auteur. La règle rappelée par la méthode de vérification des citations est donc décisive pour Camus : avant de reprendre une formule, il faut savoir où elle s’écrit, qui la prononce, et dans quel ensemble elle prend sens. ## Quelques lignes que l’on peut citer avec leur source Voici des phrases brèves, bien localisées, dont la référence est stable. Camus étant un auteur encore protégé, on s’en tient à de courts extraits. Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux, c’est le suicide. Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, Le raisonnement absurde, 1942 On la détache souvent comme une sentence noire. C’est pourtant une phrase d’ouverture. Elle pose le sujet de l’essai, elle ne le clôt pas. Toute la démonstration de Camus consiste ensuite à refuser que l’absurde mène mécaniquement au renoncement. Créer, c’est vivre deux fois. Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, L’absurde et la création, 1942 Ici encore, le genre compte. Ce n’est ni une maxime de développement personnel, ni une formule sur la productivité. Camus parle de création artistique dans le cadre de sa réflexion sur l’absurde, le monde sensible et la conscience. ### Le Mythe de Sisyphe, souvent réduit à deux slogans Il faut imaginer Sisyphe heureux. Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, Le mythe de Sisyphe, 1942 Cette conclusion est l’une des plus célèbres de Camus. Elle est souvent citée seule, alors qu’elle résume un parcours complet. Elle ne dit pas que le malheur serait aimable. Elle dit qu’une lucidité sans illusion peut encore déboucher sur une forme d’assentiment actif. Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. Albert Camus, Sur une philosophie de l’expression, Poésie 44, no 17, 1944 La phrase est bien de Camus, mais on la place souvent n’importe où, dans un roman, dans un éditorial, dans un discours politique imaginaire. Sa source est un texte sur le langage et l’expression. La référence exacte change déjà la lecture. La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. Albert Camus, L’Homme révolté, La pensée de midi, 1951 Le succès de cette ligne tient à son équilibre verbal. On la retrouve partout, parfois sous une forme un peu modifiée. Sa source importe pourtant : elle apparaît dans un essai politique et moral, au terme d’une réflexion sur la mesure, la limite et le refus des absolus meurtriers. Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible. Albert Camus, Retour à Tipasa, dans L’Été, 1954 Sans doute la phrase de Camus la plus diffusée aujourd’hui. Elle est authentique. Mais son devenir d’image inspirante fait oublier son lieu d’origine, un texte de retour, de fidélité sensible et de reprise intérieure après les années de guerre. Référence minimale Pour Camus, une bonne citation tient au moins sur quatre appuis : titre exact, type de texte, subdivision quand elle existe, date. « Camus » seul ne renseigne rien, et « Carnets » sans date reste trop vague. ## Ce qui circule sous son nom sans référence établie Le cas le plus connu est la formule qui commence par « Ne marche pas derrière moi ». Elle existe en plusieurs versions. Les recueils qui la diffusent donnent rarement autre chose que le nom de Camus, sans œuvre, sans date, sans édition. Dans cet état, elle ne peut pas être tenue pour une citation établie. Pour d’autres cas du même genre, la page Anonyme, inconnu, apocryphe : le rayon des sans source est le bon réflexe. Le répertoire les auteurs, et ce qu’on leur prête montre d’ailleurs que Camus n’est pas seul dans ce régime de célébrité sans référence. Le problème ne vient pas seulement des fausses attributions. Il vient aussi des vraies phrases mal citées. On coupe, on raccourcit, on modernise la ponctuation, on change un mot pour le rendre plus vendeur. Le résultat garde l’autorité du nom, mais perd souvent le sens du texte. ### Tableau de contrôle rapide Formule Statut Référence « Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux, c’est le suicide. » Texte établi Le Mythe de Sisyphe , Le raisonnement absurde, 1942 « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Texte établi, souvent donné sans source Sur une philosophie de l’expression, Poésie 44 , no 17, 1944 « Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible. » Texte établi, souvent isolé du reste Retour à Tipasa, dans L’Été , 1954 La formule commençant par « Ne marche pas derrière moi » Aucune référence établie dans l’œuvre de Camus À classer parmi les attributions douteuses Les Carnets demandent une prudence particulière. Une note y est datée. Quand cette date disparaît dans la reprise, la vérification devient pénible et l’on passe vite d’un relevé exact à un faux souvenir. Le cas n’a rien d’exceptionnel, comme le montre Nietzsche, l’auteur le plus mal cité . ## Pourquoi Camus est si souvent mal cité Il y a d’abord le style. Camus écrit des phrases courtes, fermes, mémorables. Elles semblent immédiatement détachables. Il y a ensuite l’école, qui a fixé quelques titres, puis les réseaux, qui ont transformé ces fragments en devises universelles. Il y a surtout un effet de déplacement. Une phrase de roman devient une thèse philosophique. Une conclusion d’essai devient un slogan. Une notation lyrique devient une formule de consolation. À chaque étape, le texte change de régime. C’est pourquoi le contexte n’est pas un luxe érudit. Dire qu’une phrase vient de Le Mythe de Sisyphe ne produit pas le même usage que dire qu’elle vient d’un personnage de théâtre, d’une conférence ou d’un article de revue. Le sens n’est pas seulement dans les mots, il est dans leur place. ## Avant de reprendre une phrase de Camus - Demander un titre exact, pas seulement un nom d’auteur. - Vérifier le genre : roman, essai, théâtre, article, discours, Carnets. - Ajouter la subdivision quand elle existe, partie, chapitre, acte, date de note. - Contrôler si la phrase est un énoncé d’auteur ou une parole de personnage. - Se méfier des images partagées et des recueils qui recopient sans remonter au texte. Camus supporte très bien la citation, à condition qu’elle soit courte, exacte et replacée dans son œuvre. Il supporte beaucoup moins le culte de la belle phrase flottante. Entre les deux, la différence tient presque toujours à une référence précise. Revenir aux citations sourcées --- # Blaise Pascal : citations des Pensées et éditions URL : https://voscitations.org/auteur-blaise-pascal/ VosCitations › Pascal, les Pensées et leur numérotation Pascal, les Pensées et leur numérotation Chez Pascal, un numéro de fragment ne suffit pas : citer les Pensées impose de nommer l’édition suivie, faute de quoi la référence devient équivoque. Quand une formule de Pascal est suivie d’un simple numéro, la moitié de la référence manque. « Pensées, 277 » peut paraître précis, cela ne l’est pas. Pour Pascal, le numéro n’a de sens qu’avec le nom de l’édition. Le cas est différent de recueils à numérotation plus stable, comme les Maximes de La Rochefoucauld , où le lecteur sait en général de quelle série il s’agit. Les Pensées , elles, sont un ensemble posthume de fragments, transmis, classés et renumérotés par des éditeurs successifs. Le point de départ reste celui rappelé par le principe du recueil raisonné des citations : un nom d’auteur ne suffit pas, et un numéro nu ne vaut pas beaucoup mieux. Pour Pascal, la bonne habitude consiste à écrire, par exemple, « fr. 277, éd. Brunschvicg » ou « fr. 423, éd. Lafuma ». ## Pourquoi les Pensées ont plusieurs numéros Blaise Pascal meurt en 1662 en laissant des papiers destinés à une grande apologie de la religion chrétienne, restée inachevée. Ces feuillets ne forment pas un livre mis au point par l’auteur. Ils ont été retrouvés, copiés, regroupés, puis publiés après sa mort. La première édition imprimée, Pensées de M. Pascal sur la religion, et sur quelques autres sujets , paraît en 1670. Elle ne reproduit pas simplement un manuscrit brut. Les textes y sont arrangés, parfois lissés, parfois coupés, selon un ordre éditorial propre à Port Royal. Les éditions modernes ont donc travaillé à partir d’un dossier complexe. Certaines ont cherché un ordre philosophique, d’autres ont voulu se rapprocher des liasses manuscrites et des copies anciennes. Chaque choix a produit sa propre numérotation. C’est la raison pour laquelle une même phrase peut porter trois références différentes. Réflexe utile Si une citation de Pascal est suivie d’un simple nombre, demandez aussitôt : selon quelle édition ? Sans cette précision, le numéro n’identifie pas sûrement le fragment. Édition Année Sigle courant Principe général Brunschvicg 1897 B Classement thématique et philosophique des fragments Lafuma 1951 L Retour aux copies et aux liasses, ordre plus proche du dossier manuscrit Sellier 1976 S Édition critique fondée sur la logique des liasses, avec numérotation propre ## Brunschvicg, Lafuma, Sellier, ce qui change vraiment ### Brunschvicg L’édition Brunschvicg a longtemps dominé les usages scolaires et les dictionnaires de citations. On rencontre encore très souvent ses numéros dans les manuels anciens, les anthologies du XXe siècle et une grande partie des citations recopiées en ligne. Quand une référence ancienne indique seulement « Pascal, Pensées, 277 », il est possible qu’elle renvoie à Brunschvicg, mais il ne faut jamais le supposer sans vérification. L’avantage de Brunschvicg est sa diffusion historique. Son inconvénient, pour le lecteur d’aujourd’hui, est de faire passer pour ordre de l’œuvre un arrangement éditorial. Ce n’est pas l’ordre des papiers de Pascal, mais une construction savante postérieure. ### Lafuma et Sellier Lafuma, puis Sellier, déplacent la lecture. Le fragment n’est plus d’abord rangé dans un parcours thématique reconstruit, il est replacé au plus près du dossier manuscrit et des liasses. Les citations universitaires et les éditions critiques utilisent donc souvent L ou S, parfois avec la mention du titre de la liasse quand il est identifié. La conséquence est simple : le même texte change de numéro. Une référence exacte doit donc toujours annoncer son système. Sans cela, le lecteur ne sait pas quel fragment ouvrir, surtout s’il travaille sur une autre édition. Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point. Blaise Pascal, Pensées , fr. 423, éd. Lafuma, 1951 Cette formule est souvent citée comme un mot d’humeur contre la raison. Dans son contexte, elle appartient à une réflexion sur les premiers principes et sur les modes de connaissance. Le même passage se lit sous un autre numéro dans l’édition Brunschvicg, et sous un autre encore dans l’édition Sellier. C’est précisément le type de cas qui impose de nommer l’édition. ## Comment citer Pascal correctement La bonne référence n’a rien de compliqué. Elle doit seulement être complète. Pour les Pensées , la forme minimale est : auteur, titre, numéro de fragment, nom de l’éditeur ou sigle d’édition. Si l’on veut être encore plus clair, on ajoute l’année de l’édition utilisée. - Forme brève suffisante : Blaise Pascal, Pensées , fr. 277, éd. Brunschvicg. - Forme brève suffisante : Blaise Pascal, Pensées , fr. 423, éd. Lafuma. - Forme développée : Blaise Pascal, Pensées , fr. 423, éd. Louis Lafuma, 1951. - En concordance : Blaise Pascal, Pensées , fr. 277, éd. Brunschvicg, correspondant au fr. 423, éd. Lafuma. En dissertation, en cours ou dans une note de lecture, cette précision évite deux erreurs à la fois. Elle permet au correcteur de retrouver le texte, et elle empêche de confondre deux systèmes de numérotation incompatibles. Sur la page des citations sur la vérité , on voit bien combien une formule de Pascal peut changer de portée dès qu’elle perd son contexte exact. Si vous citez la vieille édition de 1670, il faut le dire explicitement et renoncer aux numéros B, L ou S, qui appartiennent à des éditions modernes. On ne mélange pas les systèmes. Une référence hybride, du type « Pascal, Pensées, chapitre X, fragment 423 », est presque toujours fautive. ## Les erreurs les plus courantes La première erreur consiste à croire qu’un chiffre suffit. Ce n’est vrai ni pour Pascal, ni pour beaucoup d’auteurs transmis par fragments, journaux, notes ou recueils recomposés. Un numéro isolé donne une illusion de précision, pas une référence vérifiable. La deuxième erreur consiste à citer « les Pensées » comme s’il s’agissait d’un livre composé une fois pour toutes, avec des chapitres stables. Le titre est stable, non l’architecture interne. Selon les éditions, l’ordre change, les rapprochements changent, la lecture d’ensemble change. La troisième erreur, très fréquente en ligne, est de prêter à Pascal des formules dont on ne donne ni œuvre ni édition. Tant qu’aucune référence établie n’est fournie, ces phrases relèvent d’abord du rayon des attributions douteuses , pas de la citation vérifiée. La solution tient en une règle simple. Pour Pascal, ne jamais écrire seulement « Pensées, n°... ». Il faut toujours ajouter le nom de l’édition suivie. À cette condition, les citations de Pascal redeviennent ce qu’elles doivent être, des textes retrouvables, et non des phrases flottantes détachées de leur source. Revenir aux citations sourcées --- # Nietzsche : citations sourcées et fausses attributions URL : https://voscitations.org/auteur-friedrich-nietzsche/ VosCitations › Nietzsche, l’auteur le plus mal cité Nietzsche, l’auteur le plus mal cité Chez Nietzsche, la formule célèbre change vite de sens, de locuteur et de traduction, d'où la nécessité de revenir au livre, au paragraphe et au contexte. Nietzsche est l'un des auteurs les plus pillés par les florilèges. La raison est simple : il écrit souvent par aphorismes, il frappe vite, et ses formules supportent très bien l'affiche, beaucoup moins bien la coupe sauvage. On retient une phrase, on oublie le paragraphe, puis le livre, puis le fait décisif, à savoir qui parle et à quel endroit. Le problème est aggravé par l'histoire éditoriale. Il y a les œuvres publiées par Nietzsche lui-même, mais aussi les fragments posthumes, souvent cités comme s'ils appartenaient au même statut. Il y a aussi les traductions françaises, qui ne coïncident pas toujours. Chez Nietzsche, une même phrase peut circuler sous trois formes voisines, avec un sens légèrement déplacé. Autrement dit, un nom d'auteur ne suffit jamais. Pour Nietzsche, il faut au minimum un titre, une subdivision, souvent un numéro de paragraphe, et de préférence l'indication de la traduction utilisée. La méthode rappelée sur la page qui pose le principe qu'une citation ne vaut que par sa source est ici particulièrement utile. ## Pourquoi Nietzsche se déforme si vite Il y a d'abord le style. Un aphorisme se détache aisément. Cela donne des citations mémorables, mais aussi des citations orphelines. Or un aphorisme n'est pas un proverbe. Il appartient à un livre composé, à une suite, à une polémique, parfois à une voix fictionnelle. Il y a ensuite le cas d' Ainsi parlait Zarathoustra . Beaucoup de phrases célèbres viennent de ce livre, mais elles sont prononcées par Zarathoustra, personnage prophétique, non par un narrateur neutre. Dire que Nietzsche "pense" une phrase parce qu'on l'a tirée d'un discours de Zarathoustra, c'est déjà simplifier. Enfin, les traductions françaises jouent un rôle considérable. Le cas est voisin de celui qu'on rencontre sur la page Freud, la traduction change le sens : une formule allemande très brève peut devenir, selon l'édition, plus sèche, plus morale, ou plus psychologique. Trois pièges Chez Nietzsche, on confond souvent œuvre publiée et fragment posthume, parole d'un personnage et thèse de l'auteur, formule allemande et version française de circonstance. C'est la recette parfaite pour fabriquer du faux précis à partir d'un vrai approximatif. Le phénomène n'est pas propre à Nietzsche. La rubrique les auteurs et ce qu'on leur prête montre combien les phrases les plus recopiées sont aussi les plus déformées. ## Quelques citations de Nietzsche, avec leur source Voici des formules que l'on peut rattacher sans difficulté à une œuvre précise. Quand une traduction varie, le signalement figure dans la remarque. Formule Référence Remarque « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! » Le Gai Savoir , livre III, §125, « L'insensé », 1882 Phrase dite par l'insensé, dans une scène construite. « Sans la musique, la vie serait une erreur. » Le Crépuscule des idoles , « Maximes et flèches », §33, 1889 L'une des citations les plus stables en français. « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort. » Le Crépuscule des idoles , « Maximes et flèches », §8, 1889 Certaines traductions donnent « Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort ». « L'homme est quelque chose qui doit être surmonté. » Ainsi parlait Zarathoustra , Prologue, §3, 1883 Phrase centrale pour le thème du surhumain. « La maturité de l'homme, c'est d'avoir retrouvé le sérieux qu'on avait au jeu, étant enfant. » Par-delà bien et mal , §94, 1886 Souvent citée juste, rarement sourcée. Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir , livre III, §125, « L'insensé », 1882 Sans la musique, la vie serait une erreur. Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des idoles , « Maximes et flèches », §33, 1889 La première citation est presque toujours mal comprise. Sortie de son paragraphe, elle devient slogan athée. Dans le livre, elle appartient à une mise en scène, celle de l'insensé qui annonce à des hommes incrédules la portée historique et spirituelle de la mort de Dieu. La source est exacte, mais le sens change dès qu'on retire la scène. La seconde, au contraire, supporte assez bien l'extraction. Elle reste un aphorisme du Crépuscule des idoles , dans la section « Maximes et flèches ». Citer seulement Nietzsche suffit pour l'affiche, pas pour l'étude. Un paragraphe numéroté existe, il faut le donner. ### Le cas de « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » La formule est authentique, mais sa traduction n'est pas toujours identique d'une édition à l'autre. C'est un bon exemple de citation vraie, souvent recopiée sans le détail qui permettrait de la contrôler. On peut la rapporter sûrement au Crépuscule des idoles , « Maximes et flèches », §8, 1889. Le minimum honnête consiste donc à donner cette référence, et à ne pas faire croire qu'il n'existe qu'une seule rédaction française intangible. On retrouve le même besoin de précision sur les pages thématiques, par exemple les citations sur la vérité avec leurs sources , où Nietzsche est souvent invoqué pour des formules qu'il n'a pas écrites telles quelles. ## Ce qu'on met dans la bouche de Nietzsche Le premier cas est celui des phrases sans référence établie. Elles sont parfois profondes, souvent spirituelles, presque toujours parfaitement adaptées aux réseaux sociaux. Cela ne suffit pas à en faire des citations. Formule qui circule État de la source Ce qu'on peut dire sans tricher « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations. » Pas de référence établie sous cette forme dans les œuvres publiées par Nietzsche. La formule est généralement rapprochée d'un fragment posthume tardif, mais la version qui circule est une condensation. « Et ceux qu'on voyait danser furent pris pour des fous par ceux qui n'entendaient pas la musique. » Aucune référence établie chez Nietzsche. Apocryphe en l'état actuel des vérifications sérieuses. « Deviens ce que tu es. » La formule brève a une histoire plus ancienne que Nietzsche. Chez Nietzsche, on peut citer avec certitude le sous-titre d' Ecce Homo , « Comment on devient ce que l'on est », rédigé en 1888, publié en 1908. Le cas le plus célèbre est celui de la phrase sur les faits et les interprétations. Elle est souvent présentée comme le résumé définitif du perspectivisme nietzschéen. Le problème est double : la rédaction exacte qui circule n'est pas celle d'une œuvre publiée par Nietzsche, et l'on passe sous silence le statut de fragment posthume. On peut parler d'une parenté textuelle, pas brandir une citation de manuel si l'on n'a pas la référence précise. La sentence sur les danseurs et la musique est un apocryphe très performant. Elle sonne nietzschéenne, ce qui explique sa fortune. Mais une tonalité n'est pas une source. Pour ce type de formules, la bonne catégorie est celle des attributions douteuses, des anonymes et des apocryphes . Quant à « Deviens ce que tu es », le cas est plus subtil. On réduit volontiers Nietzsche à ce mot d'ordre, alors que la formule brève n'est pas un monopole nietzschéen et que le texte certain, chez lui, est le sous-titre d' Ecce Homo . Là encore, la précision bibliographique évite de faire passer une devise pour une citation fermement localisée. ## Comment citer Nietzsche proprement Pour éviter la moitié des erreurs, quatre réflexes suffisent : - noter le titre exact de l'œuvre, et non le seul nom de Nietzsche, - ajouter la subdivision utile, livre, prologue, discours, section ou numéro de paragraphe, - indiquer la date de publication, ou préciser qu'il s'agit d'un fragment posthume si c'est le cas, - ne pas masquer les variations de traduction quand elles changent sensiblement la formule française. Nietzsche gagne rarement à être transformé en banque de slogans. Il gagne presque toujours à être relu dans son mouvement, sa forme et sa scène d'énonciation. C'est à ce prix qu'une phrase cesse d'être un bruit de fond et redevient une citation. Revenir aux citations sourcées --- # Jules Renard : citations du Journal, avec les dates URL : https://voscitations.org/auteur-jules-renard/ VosCitations › Jules Renard, le Journal comme atelier Jules Renard, le Journal comme atelier Chez Jules Renard, une formule n’est pas un chapitre détaché, c’est souvent une note de Journal, et le bon réflexe consiste à la citer au jour près. Le Journal de Jules Renard n’est pas un réservoir de bons mots tombés du ciel. C’est un atelier, tenu sur la durée, où passent des notations de travail, des humeurs, des portraits, des essais de style, parfois une formule qui restera. C’est aussi ce qui oblige à citer autrement. Pour Renard, un nom d’auteur ne suffit pas, il faut la date de l’entrée. C’est le même principe que rappelle la page de VosCitations, citations, sources et usages , un nom n’est pas une référence. Le point est décisif, parce que le Journal a été publié après la mort de Renard et souvent repris en éditions abrégées. Une page change selon le volume consulté. Une date, elle, reste la bonne unité de repérage. Citer Jules Renard, ce n’est donc pas écrire vaguement « Journal », c’est écrire « Journal, 17 février 1898 », ou ne pas citer du tout si la date exacte n’est pas établie. Le bon repère Pour Jules Renard, la référence utile n’est presque jamais un numéro de page. C’est la date de l’entrée. Quand la date manque, la citation doit être tenue pour incomplètement sourcée. ## Citer le Journal, pas un florilège Le malentendu vient des recueils de pensées. Renard s’y lit volontiers comme un moraliste, voisin de La Rochefoucauld. La comparaison n’est pas absurde, mais elle a une limite claire. Chez La Rochefoucauld, la maxime porte un numéro. Chez Renard, la phrase appartient à un jour, à un mouvement du carnet, à une circonstance parfois minuscule. La page consacrée à La Rochefoucauld, la maxime et son numéro aide justement à mesurer cette différence de régime. Autre conséquence, le sens change quand on retire la phrase de son carnet. Une notation sèche peut être un trait d’humeur. Une définition brillante peut n’être qu’un essai. Un jugement peut être corrigé plus loin. Le Journal n’est pas un code de pensées définitives, c’est un laboratoire d’écriture. Mauvais usage Référence utile Pourquoi Jules Renard Jules Renard, Journal , date de l’entrée Le nom seul n’indique ni l’œuvre, ni le moment, ni le contexte. Jules Renard, Journal , p. 214 Jules Renard, Journal , 17 février 1898 La pagination varie selon les éditions, la date non. Phrase isolée sur une image partagée Vérification dans le texte daté Beaucoup de formules sont tronquées, modernisées ou simplement mal attribuées. ## Une formule solidement datée Parmi les phrases souvent reprises, l’une des mieux établies est celle sur l’humour. Elle se cite à la date, et cette date compte, parce que Renard ne donne pas ici une définition scolaire. Il note, dans son carnet, une formule qui concentre à la fois une esthétique et une morale du ton. L’humour, c’est la pudeur, la propreté morale et quotidienne de l’esprit. Jules Renard, Journal , 17 février 1898 Tout est déjà renardien dans ce raccourci, le goût de la netteté, le refus de l’emphase, l’idée qu’un style engage une tenue intérieure. Le mot « quotidienne » mérite d’être gardé. Il empêche de transformer la formule en définition abstraite. L’humour, chez Renard, n’est pas seulement un procédé d’esprit, c’est une discipline de tous les jours. ## Des formules célèbres qu’il faut encore dater sans tricher Plusieurs phrases très connues sont bien liées à Jules Renard, souvent au Journal , mais circulent avec une référence trop vague. Sur un site de sources, le bon geste n’est pas d’inventer le jour manquant. C’est d’indiquer que la formule circule sans référence complète établie ici. Écrire, c’est une façon de parler sans être interrompu. Jules Renard, attribution courante au Journal , date précise non établie ici La formule est partout, et elle ressemble fortement à Renard. Pourtant, tant que la date exacte de l’entrée n’est pas vérifiée dans une édition de référence, mieux vaut s’en tenir à cette mention prudente. C’est un bon exemple de phrase devenue proverbiale par recopiage. Le bonheur, c’est d’être heureux, ce n’est pas de faire croire aux autres qu’on l’est. Jules Renard, attribution courante au Journal , date précise non établie ici Ici encore, l’attribution à Renard est très répandue. Ce qui manque souvent, c’est le repère décisif, le jour de l’entrée. Sans lui, la citation reste incomplète. Elle ne doit pas être présentée comme pleinement sourcée. La paresse, c’est l’habitude de se reposer avant la fatigue. Jules Renard, attribution courante au Journal , date précise non établie ici Cette phrase est sans doute la plus diffusée des trois. Elle circule dans d’innombrables anthologies et sous des visuels de motivation inversée. C’est précisément le cas de figure qui conduit au rayon des attributions douteuses, anonymes ou apocryphes , dès qu’une formule ne vient plus avec son repère exact. ### Pourquoi ces dates se perdent-elles si facilement - Le Journal est souvent cité par extraits, sans l’architecture de l’année. - Les éditions abrégées coupent des passages et modifient la pagination. - Les recueils de citations gardent la phrase, puis oublient le jour. - La brièveté de Renard donne l’illusion d’une maxime autonome, alors qu’il s’agit souvent d’une note datée. Le résultat est trompeur. Une phrase juste chez Renard devient une formule flottante, puis un quasi proverbe. Or un proverbe n’est pas une citation. La distinction vaut partout, et pas seulement pour Renard. ## Le Journal comme atelier de style Lire Jules Renard par son Journal , c’est voir un écrivain fabriquer sa netteté. Le trait n’y tombe pas comme une sentence définitive. Il est préparé par l’observation, affûté par la reprise, puis laissé tel quel, parfois presque brut. C’est pourquoi ces lignes attirent autant les lecteurs qui cherchent des citations sur la vie, la vérité, l’amour ou l’homme. Pour ce type de recherche thématique, la page des citations sur la vie, avec leurs sources donne le bon réflexe, partir du texte et de sa référence, pas du seul mot-clé. Renard a d’ailleurs quelque chose du moraliste et quelque chose du dramaturge intime. Il note vite, mais il note juste. Il aime l’économie, mais sans sécheresse mécanique. Dans le Journal , la formule réussie garde une part de voix. C’est ce qui la distingue d’une maxime purement abstraite. Il faut aussi résister à une autre tentation, celle de faire de chaque phrase une profession de foi. Le Journal contient des agacements, des notations de circonstance, des esquisses, des essais d’angle. Citer Renard correctement, c’est donc donner la date et garder à l’esprit qu’une entrée de carnet n’équivaut pas toujours à une doctrine arrêtée. ## Ce qu’il faut retenir avant de recopier une phrase - Vérifier que la phrase est bien de Jules Renard. - Identifier l’œuvre, ici le plus souvent le Journal . - Chercher la date exacte de l’entrée. - Si la date manque, le dire franchement au lieu de la fabriquer. Ce dernier point compte plus qu’il n’y paraît. Une citation incomplète peut rester utile, à condition d’être présentée comme telle. L’erreur commence quand une référence vague prend l’allure d’une preuve. Jules Renard supporte très bien cette exigence. Elle lui convient même. Son écriture est une école de précision, et le citer de travers revient à contredire son style. Mieux vaut donc une ligne datée avec certitude qu’une demi-page de formules brillantes sans jour ni source. Pour retrouver d’autres auteurs souvent réduits à quelques bons mots, la rubrique Les auteurs, et ce qu’on leur prête prolonge utilement ce travail de vérification. Revenir aux citations sourcées --- # La Rochefoucauld : maximes citées avec leur numéro URL : https://voscitations.org/auteur-la-rochefoucauld/ VosCitations › La Rochefoucauld, la maxime et son numéro La Rochefoucauld, la maxime et son numéro Chez La Rochefoucauld, une maxime se cite avec un numéro d’édition : le texte change, l’ordre bouge, et la formule apprise n’est pas toujours la bonne. La Rochefoucauld est souvent cité comme s’il suffisait d’un nom propre et d’une phrase brève. C’est exactement le cas où la référence manque l’essentiel. Pour les Maximes , il faut au minimum un titre, un numéro et une édition datée. Sans cela, on ne sait pas si l’on cite le texte de 1665, de 1666, de 1671, de 1675 ou celui de 1678, qui n’est pas identique aux précédents. Le point de départ est simple : le recueil n’est pas fixé d’un seul coup. Il existe une édition clandestine en 1664, que l’auteur désavoue, puis cinq éditions autorisées, de 1665 à 1678. Entre ces états du texte, La Rochefoucauld ajoute, retire, déplace, resserre. Une maxime très connue aujourd’hui peut être absente d’une première édition, ou formulée autrement. La méthode rappelée sur VosCitations, citations, sources et usages vaut ici plus qu’ailleurs : un nom d’auteur n’est pas une référence. Pour La Rochefoucauld, un simple « Maximes » ne suffit pas davantage. Le bon réflexe Pour citer La Rochefoucauld correctement, donner l’auteur, le titre du recueil, le numéro de la maxime et l’édition retenue. Le numéro seul n’est fiable que si l’édition est connue, ou si l’on précise que l’on suit la numérotation de 1678. ## Pourquoi le numéro ne suffit pas toujours On lit souvent : « La Rochefoucauld, maxime 218 ». C’est déjà mieux qu’une attribution nue, mais ce n’est pas encore complet. Le numéro renvoie à un ordre interne du recueil, or cet ordre a changé. Les grandes éditions modernes prennent très souvent pour base l’édition de 1678, la dernière revue par l’auteur. Dans cet usage, la maxime 218 est bien celle que tout le monde connaît sur l’hypocrisie. Mais une autre édition savante peut signaler les états antérieurs, ajouter les maximes supprimées en appendice, ou distinguer les variantes. La difficulté n’est pas propre à La Rochefoucauld. Elle rappelle celle des fragments signalée sur Pascal, les Pensées et leur numérotation , où le numéro change selon l’édition de référence. Pour éviter l’erreur, il faut penser moins au « bon mot » qu’au texte édité. Autre piège, la langue du XVIIe siècle est souvent modernisée en silence. Certaines anthologies corrigent la ponctuation, l’orthographe, parfois même la tournure. Le sens n’est pas toujours bouleversé, mais le lecteur ne sait plus ce qui vient de La Rochefoucauld et ce qui vient de l’éditeur. ### Les cinq éditions autorisées Édition Ce qu’elle représente 1665 Première édition autorisée des Réflexions ou sentences et maximes morales , après la circulation fautive de 1664. 1666 Recueil revu, avec retouches de formulation et réorganisation partielle. 1671 Nouvel état du texte, enrichi et remanié. 1675 Édition augmentée, qui modifie encore l’ensemble. 1678 Dernière édition publiée du vivant de l’auteur, base la plus courante de la numérotation moderne. Il ne faut donc pas parler des Maximes comme d’un bloc immobile. Le livre s’est fait par reprises successives. La Rochefoucauld corrige moins pour expliquer que pour serrer la phrase, nuancer l’attaque, remplacer un absolu par une restriction, ou déplacer une sentence vers un autre voisinage. ## Quelques maximes sûres, avec leur numéro Voici des formules qu’on cite beaucoup, et qu’il est possible de citer proprement. Les références données ci dessous suivent l’édition de 1678, qui sert le plus souvent de repère commun. Nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices déguisés. François de La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales , maxime 1, édition de 1678 Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d’autrui. François de La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales , maxime 19, édition de 1678 Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. François de La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales , maxime 26, édition de 1678 Dans l’adversité de nos meilleurs amis, nous trouvons toujours quelque chose qui ne nous déplaît pas. François de La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales , maxime 99, édition de 1678 Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux, s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour. François de La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales , maxime 136, édition de 1678 L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. François de La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales , maxime 218, édition de 1678 Ces six exemples montrent déjà ce que le recueil fait entendre : moins une morale édifiante qu’une analyse des motifs cachés, de l’amour propre, du calcul, de l’illusion sur soi. Beaucoup de citations sur l’amour attribuées à La Rochefoucauld viennent bien de là, ce qui justifie de les vérifier avant de les reprendre dans un florilège sur les citations sur l’amour, avec leurs sources . On voit aussi pourquoi certaines phrases se détachent si facilement du livre. Elles sont brèves, closes, mémorisables. À ce stade, elles risquent de devenir des proverbes de salon. Or une maxime n’est pas un proverbe. Le détour par les proverbes ne sont pas des citations aide à garder cette différence en tête. ## Ce que les éditions changent vraiment Dire que « le texte change » ne signifie pas seulement qu’il y a plus ou moins de maximes. Les variations portent sur plusieurs plans. - L’augmentation du recueil : des maximes apparaissent dans les éditions tardives et ne peuvent donc pas être citées comme si elles avaient toujours été là. - Le déplacement : une sentence conserve parfois son texte, mais pas sa place, donc pas forcément son numéro selon l’édition consultée. - La retouche : un mot, une restriction, une cadence changent la portée de la maxime. - La suppression : certaines formulations plus dures ou moins satisfaisantes disparaissent de l’état final. - La présentation éditoriale : orthographe et ponctuation peuvent être modernisées par les éditeurs contemporains, sans que cela vienne de l’auteur. Le point décisif est le suivant : citer une maxime de La Rochefoucauld, ce n’est pas seulement reproduire une phrase exacte, c’est reproduire un état exact de cette phrase. Pour cette raison, les éditions savantes indiquent souvent les variantes. Une citation scolaire honnête peut rester plus simple, à condition de préciser au moins que l’on suit l’édition de 1678. ### Numéro d’auteur, numéro d’éditeur Dans les usages courants, le numéro employé est souvent celui que l’éditeur moderne reprend de 1678. Mais il existe des recueils qui ajoutent, après les 504 maximes de l’édition finale, des textes supprimés ou posthumes sous une numérotation distincte. Si vous copiez une référence trouvée en ligne, vérifiez donc si elle renvoie au noyau canonique du recueil ou à un appendice. Quand ce contrôle n’est pas possible, mieux vaut s’abstenir que donner un faux numéro. Le même scrupule vaut pour les sentences qu’on prête à La Rochefoucauld sans aucune attache. Si la formule circule partout mais sans maxime, sans date et sans édition, elle bascule vite dans le rayon anonyme, inconnu, apocryphe . ## Comment citer La Rochefoucauld sans se tromper - Vérifier que la phrase figure bien dans les Réflexions ou sentences et maximes morales , et non dans une paraphrase. - Noter le numéro de la maxime. - Préciser l’édition suivie, en pratique très souvent 1678. - Conserver le texte exact de l’édition consultée, sans modernisation cachée. - Si une variante importe au propos, la signaler au lieu de la gommer. La Rochefoucauld est un auteur de précision. Le citer vaguement, c’est presque toujours le trahir. Un nom, une maxime, un numéro, une édition : la référence tient en peu de mots, et c’est elle qui transforme une formule brillante en citation vérifiable. Revenir aux citations sourcées --- # Oscar Wilde : citations sourcées et apocryphes URL : https://voscitations.org/auteur-oscar-wilde/ VosCitations › Oscar Wilde, le mot d’esprit et sa source Oscar Wilde, le mot d’esprit et sa source Chez Wilde, le trait circule partout, souvent amputé de son titre, de son personnage et de sa date, alors que c’est justement là que le sens commence. Oscar Wilde est l'un des auteurs les plus cités, et l'un des plus déformés. Le phénomène tient à son style, fait de paradoxes courts, de symétries, de répliques qui semblent prêtes pour l'affiche. Il tient aussi à une erreur de lecture très simple : beaucoup de phrases fameuses sont prononcées par des personnages, dans une comédie ou un roman, et non livrées comme un credo de l'auteur. La méthode du recueil raisonné de citations sourcées est presque faite pour Wilde. Chez lui, la source compte plus encore qu'ailleurs. Dire seulement « Oscar Wilde » ne suffit pas. Il faut au moins l'oeuvre, souvent l'acte ou le chapitre, et si possible le personnage qui parle. Lord Henry dans The Picture of Dorian Gray , Lord Darlington dans Lady Windermere's Fan , Algernon ou Lady Bracknell dans The Importance of Being Earnest ne sont pas des porte-parole transparents. Ils jouent, séduisent, provoquent, blessent. Pour d'autres cas du même genre, la page les auteurs, et ce qu'on leur prête rappelle utilement qu'un nom propre ne remplace jamais une référence. ## Les phrases qui sont bien dans l'oeuvre La meilleure porte d'entrée est de repartir des textes les plus souvent pillés, les comédies mondaines des années 1892 à 1895, le roman The Picture of Dorian Gray , et quelques essais. Voici des formules établies, avec leur source précise. Formule Source Contexte I can resist everything except temptation. Lady Windermere's Fan , Act I, 1892 Réplique de Lord Darlington We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars. Lady Windermere's Fan , Act III, 1892 Réplique de Lord Darlington Nowadays people know the price of everything and the value of nothing. Lady Windermere's Fan , Act III, 1892 Définition du cynique The truth is rarely pure and never simple. The Importance of Being Earnest , Act I, 1895 Réplique d'Algernon The only way to get rid of a temptation is to yield to it. The Picture of Dorian Gray , chapter II, 1891 Réplique de Lord Henry Life imitates Art far more than Art imitates Life. The Decay of Lying , dans Intentions , 1891 Paradoxe critique Ces phrases sont vraies, mais elles ne disent pas toutes la même chose. Les trois premières appartiennent à un théâtre de salon où l'esprit est une arme sociale. Elles font rire parce qu'elles renversent les valeurs attendues. Les lire comme de sages maximes serait déjà les aplatir. The truth is rarely pure and never simple. Oscar Wilde, The Importance of Being Earnest , Act I, 1895 Cette phrase est souvent traitée comme une sentence générale sur la vérité. Dans la pièce, elle sort de la bouche d'Algernon, personnage frivole, brillant et peu scrupuleux. L'effet tient justement à ce décalage. Le mot est juste, mais la situation l'est autant. ### Le théâtre, machine à détacher des répliques Les comédies de Wilde fabriquent des citations presque malgré elles. Une réplique y est brève, mémorable, faite pour être reprise. Le risque vient ensuite : on garde la pointe, on perd le jeu de scène, et le personnage disparaît. C'est particulièrement visible avec Lady Bracknell. To lose one parent, Mr. Worthing, may be regarded as a misfortune, to lose both looks like carelessness. Oscar Wilde, The Importance of Being Earnest , Act I, 1895 Ici encore, le trait ne vaut pas comme opinion de l'auteur sur la famille. Il dessine un personnage de grande dame impérieuse, dont l'indécence glacée fait tout le comique. Citer Wilde utilement, c'est donc citer aussi la scène qu'il écrit. Pour les répliques sur l'union, l'intérêt ou les conventions sociales, le recueil de citations sur le mariage avec leurs sources permet de replacer Wilde parmi les grands fabricants de maximes mondaines. ## Dorian Gray , préface et roman, deux réservoirs distincts The Picture of Dorian Gray demande une vigilance particulière. Le texte existe d'abord en revue, en 1890, puis en volume révisé, en 1891. La préface aphoristique appartient à l'édition en livre. Plusieurs citations très célèbres viennent de là, non du récit lui-même. Deux états, deux repères Quand une formule de Dorian Gray est citée sans date ni chapitre, on ne sait souvent pas si elle vient de la version de 1890, du livre de 1891, ou d'une traduction postérieure. Le minimum utile est donc l'année et, pour le roman, le chapitre. The books that the world calls immoral are books that show the world its own shame. Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray , Preface, 1891 La préface concentre la défense esthétique de Wilde après le scandale suscité par le roman. On y trouve aussi la formule finale, souvent isolée jusqu'au contresens : All art is quite useless. Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray , Preface, 1891 Isolée, la phrase passe pour un mépris de l'art. Dans la préface, elle relève d'une provocation esthétique contre la lecture moraliste. Elle n'invite pas à jeter les oeuvres, elle récuse l'idée qu'on doive les juger comme des sermons. Le roman lui-même fournit d'autres lignes fameuses, souvent attribuées à Wilde sans mention du personnage qui parle. Lord Henry, surtout, a longtemps servi de distributeur automatique de bons mots. C'est lui, au chapitre II, qui lance : The only way to get rid of a temptation is to yield to it. Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray , chapter II, 1891 La formule est authentique. Son statut, en revanche, est dramatique. Elle agit sur Dorian comme une suggestion empoisonnée. La citer comme un conseil de vie, c'est déjà entrer dans le piège du roman. ## Les attributions douteuses, ou le faux Wilde parfait Wilde attire les apocryphes parce qu'il a un timbre immédiatement reconnaissable. Une phrase un peu brillante, un peu insolente, un peu symétrique, et son nom arrive. Les pseudo-bons mots sans texte repérable relèvent du dossier anonyme, inconnu, apocryphe . - Be yourself, everyone else is already taken. L'attribution à Wilde circule partout, mais sans référence établie à une oeuvre, une lettre, un entretien publié ou un carnet identifiable. - I have nothing to declare except my genius. La phrase est souvent racontée comme une repartie de douane. L'anecdote est célèbre, mais la référence contemporaine et assurée manque le plus souvent quand on la répète. - Everything in moderation, including moderation. La formule est régulièrement donnée sous son nom, sans source établie dans son oeuvre. Le plus intéressant est que ces faux ressemblent à du vrai Wilde. La première, surtout, paraît plausible parce qu'elle rejoint un thème authentique de De Profundis . Most people are other people. Their thoughts are someone else's opinions, their lives a mimicry, their passions a quotation. Oscar Wilde, De Profundis , écrit en 1897, publié en 1905 On comprend alors comment naît un apocryphe efficace. Une pensée réelle, longue et douloureuse, est réduite à un slogan bref, portable et moralement irréprochable. On y gagne en circulation, on y perd le texte. ### Pourquoi les faux tiennent si bien Parce qu'ils simplifient. Wilde aime le paradoxe, donc on lui prête n'importe quel paradoxe. Wilde aime l'esprit, donc on lui prête n'importe quel bon mot. Wilde a écrit sur l'artifice, donc on rabat toute sa pensée sur quelques formules de calendrier. Le remède est modeste, mais sûr. - Demander le titre exact de l'oeuvre. - Chercher l'acte, la scène, le chapitre ou la date. - Vérifier si la phrase est prononcée par un personnage. - Se méfier des versions françaises trop lisses, qui fondent plusieurs traductions en une seule formule. Chez Wilde, le mot d'esprit n'est jamais seulement un trait. C'est une voix, un décor, une ironie, parfois une stratégie de scandale. Le citer avec sa source n'alourdit pas la phrase, cela lui rend sa netteté. Revenir aux citations sourcées --- # Sigmund Freud : citations, traductions et sources URL : https://voscitations.org/auteur-sigmund-freud/ VosCitations › Freud, la traduction change le sens Freud, la traduction change le sens Chez Freud, un mot de traduction suffit à déplacer une idée, et plusieurs formules célèbres ne se comprennent qu’en revenant au texte allemand. Freud est souvent cité en français comme s'il avait écrit des maximes. C'est trompeur. Son style peut être bref, mais sa pensée passe par un vocabulaire technique, et ce vocabulaire n'a pas toujours reçu la même traduction. Entre les premières versions françaises, les retraductions plus tardives et les habitudes prises par les manuels, une même phrase peut changer de portée. Le problème n'est pas seulement philologique. Il touche le sens. Chez Freud, Ich , Es , Trieb , Seele , Intellekt ne se laissent pas rabattre sans reste sur moi, ça, instinct, âme, raison. Une citation isolée, puis traduite de mémoire, devient vite une formule plus nette, plus morale, parfois plus scolaire que l'original. Pour qui veut remonter au texte, la méthode de vérification des citations et de leurs sources vaut particulièrement pour Freud. Un nom d'auteur ne suffit pas. Il faut l'ouvrage, et si possible la subdivision, parce que la phrase la plus célèbre n'est pas toujours celle qui dit le plus juste. ## Quatre formules sûres, et ce qu'elles deviennent en français La formule la plus commentée est sans doute celle qui clôt la trente et unième des Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse . Wo Es war, soll Ich werden. Sigmund Freud, Neue Folge der Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse , XXXI. Vorlesung, 1933 Le français hésite ici entre plusieurs gestes. Une traduction très littérale conserve le parallélisme des pronoms substantivés. D'autres versions lissent la phrase et la rendent plus conquérante, comme s'il s'agissait d'une prise de pouvoir du moi. Or la force de l'allemand tient aussi à son étrangeté. Freud fait travailler des mots ordinaires, es et ich , en concepts. Trop clarifier, c'est déjà interpréter. ### Le moi, chez soi, et la maison Autre phrase sûre, beaucoup moins contestée dans sa traduction, mais souvent arrachée à son contexte polémique. Das Ich ist nicht Herr im eigenen Hause. Sigmund Freud, Eine Schwierigkeit der Psychoanalyse , 1917 On lit presque toujours, en français, que le moi n'est pas maître dans sa propre maison. La traduction est bonne. Le risque est ailleurs. Isolée, la phrase devient un proverbe sur la faiblesse humaine. Dans l'essai de 1917, Freud l'inscrit dans une démonstration sur les blessures infligées au narcissisme humain. Elle n'énonce pas une sagesse intemporelle, elle sert un argument précis sur la découverte psychanalytique. Le même écart apparaît avec la phrase sur le rêve, souvent simplifiée jusqu'au contresens. Die Traumdeutung ist die via regia zur Kenntnis des Unbewußten im Seelenleben. Sigmund Freud, Die Traumdeutung , chapitre VII, 1900 Ce que l'on retient d'ordinaire, c'est que le rêve serait la voie royale de l'inconscient. La source dit autre chose. Freud parle de l'interprétation du rêve , non du rêve seul, et il parle d'un accès à la connaissance de l'inconscient dans la vie psychique. La formule célèbre n'est pas fausse par esprit, mais elle est plus courte, plus brillante, et moins exacte. ## Quand un mot français déplace la doctrine Une autre phrase, très souvent citée pour célébrer la patience de la raison, mérite la même attention. Die Stimme des Intellekts ist leise, aber sie ruht nicht, ehe sie sich Gehör verschafft hat. Sigmund Freud, Die Zukunft einer Illusion , 1927 Selon les éditions françaises, on rencontre la voix de l'intellect, parfois la voix de la raison. Ce n'est pas indifférent. Dire intellect fait entendre chez Freud une faculté de discernement et de travail critique, là où raison invite plus spontanément à un registre philosophique et moral. Le français courant préfère souvent raison, plus noble et plus fluide. Le texte allemand, lui, dit bien Intellekt . Le cas de Freud n'est donc pas celui d'un auteur simplement mal cité. Il est aussi celui d'un auteur traduit par strates. Les anciennes versions ont fixé des habitudes, les retraductions ont voulu corriger ces habitudes, et les citations reprises sur affiches ou dans les copies mélangent souvent les deux. Pour d'autres auteurs allemands, le même phénomène se rencontre, comme le montre la page sur Nietzsche, autre écrivain constamment déformé par la citation . Réflexe utile Chez Freud, une formule trop nette doit éveiller un doute. Vérifier le mot allemand permet souvent de voir si la traduction rapporte un énoncé, ou si elle commence déjà à le commenter. Deux termes suffisent à mesurer l'enjeu. Trieb a longtemps été rendu par instinct, puis de plus en plus par pulsion. Le premier mot naturalise, le second garde mieux l'élaboration proprement psychanalytique. De même, Ich et Es ont l'air techniques en français, alors que Freud part de mots ordinaires de l'allemand. Une citation traduite perd facilement ce double niveau, familier et conceptuel. ## Ce qu'on peut citer, ce qu'il faut signaler comme douteux Le plus utile est de distinguer trois cas, la phrase sûre, la formule abrégée, et l'attribution sans référence établie. Freud circule dans les trois registres à la fois. Formule qui circule Ce qui est établi Point de vigilance Le rêve est la voie royale de l'inconscient Réduction d'une phrase sourcée de Die Traumdeutung , chapitre VII, 1900 Freud parle de l'interprétation du rêve, et de la connaissance de l'inconscient Le moi n'est pas maître dans sa propre maison Formule bien sourcée, Eine Schwierigkeit der Psychoanalyse , 1917 La phrase est souvent isolée d'un texte sur le narcissisme humain Aimer et travailler Attribution fréquente à Freud, sans référence publiée établie Ne pas la donner comme citation certaine tant que la source précise manque La troisième ligne est décisive. On rencontre partout l'idée que Freud aurait défini la santé psychique par la capacité d'aimer et de travailler. La formule est plausible, elle ressemble à Freud, elle a été reprise d'innombrables fois. Mais une formule plausible n'est pas une citation. Tant qu'une référence exacte n'est pas fournie, elle relève du dossier des formules sans source établie ou des attributions douteuses . Le même scrupule vaut pour les recueils thématiques. Une phrase de Freud sur l'amour, le mariage ou la vérité peut être parfaitement authentique, mais il faut encore savoir dans quel texte elle s'inscrit, clinique, polémique, anthropologique, ou simplement épistolaire. Sans cette précision, la phrase est vite rabattue sur un sens moral général qui n'est pas le sien. ### Quelques gestes simples avant de reprendre Freud - Vérifier si la phrase française correspond à un original allemand repérable. - Privilégier le titre de l'ouvrage, et la conférence ou le chapitre quand ils existent. - Se demander si la version française cite Freud, ou résume Freud. - Se méfier des mots qui ont plusieurs traductions usuelles, surtout pulsion, instinct, intellect, raison. Ce tri est utile bien au delà d'un seul auteur. Le répertoire des auteurs souvent cités, et souvent cités de travers montre que la célébrité d'une formule tient rarement à sa fidélité. Freud en offre une version particulièrement nette, parce que la traduction y travaille autant que la mémoire. ## Citer Freud sans l'aplatir Le bon usage de Freud commence donc par une modestie. On peut citer peu, mais citer juste. Une formule allemande brève ne gagne pas toujours à devenir une sentence française impeccable. Parfois, la rugosité du texte original dit mieux la pensée que son équivalent le plus élégant. La difficulté n'interdit pas la citation, elle en relève seulement l'exigence. Chez Freud, une source exacte vaut aussi comme garde fou contre deux simplifications, la maxime psychologique prête à l'emploi, et la traduction qui fait croire à une transparence immédiate. Revenir à l'œuvre, au mot, au contexte, c'est souvent retrouver un Freud moins aphoristique, mais plus précis. Revenir aux citations sourcées --- # Index des auteurs cités, avec leurs références URL : https://voscitations.org/auteurs/ VosCitations › Les auteurs, et ce qu’on leur prête Les auteurs, et ce qu’on leur prête Un index d’auteurs sert à retrouver des textes précis, pas des sentences flottantes : un nom, une œuvre, une subdivision, et la vérification des fausses attributions. Chercher une citation par auteur paraît simple. En pratique, c’est souvent là que commencent les erreurs : on retient un nom, on oublie le livre, on confond un personnage avec l’écrivain, on recopie une formule déjà déformée. Cette page sert d’index raisonné : pour chaque auteur traité, elle renvoie vers les textes attestés, les œuvres à consulter, et les phrases qu’on lui prête sans preuve. Elle prolonge ainsi le recueil de citations avec leurs sources vérifiables . Elle reprend aussi la promesse des anciennes pages de recherche par auteur : partir d’un nom propre, puis remonter au texte exact. L’ordre alphabétique aide, mais il ne suffit pas. Une notice utile doit dire où lire, dans quelle édition ou quelle numérotation chercher, et à quel endroit s’arrête l’attribution certaine. Nom d’auteur, référence insuffisante Dire « c’est de Pascal » ou « c’est de Camus » ne permet pas de vérifier une citation. Il faut au moins une œuvre, et, dès que possible, une partie, un chapitre, un acte, un numéro de maxime ou la date d’une note de journal. ## Comment lire l’index des auteurs L’index ne classe pas seulement des célébrités littéraires. Il distingue plusieurs situations : les auteurs chez qui la source est facile à retrouver, ceux dont l’œuvre pose des problèmes de numérotation, ceux dont la traduction modifie sensiblement la formule, et ceux enfin qui servent de réceptacle à des aphorismes anonymes. Une page d’auteur n’est donc pas une vitrine de « belles phrases », mais une fiche de contrôle. Certains cas demandent une prudence particulière. Pascal en est l’exemple classique : selon les éditions, le même fragment des Pensées n’a pas le même numéro. La page consacrée à Pascal et à la numérotation des Pensées sert précisément à éviter les références impossibles à recouper. Quand la recherche part d’un thème, et non d’un nom, le plus direct reste souvent de passer par les recueils classés par sujet , puis de revenir vers l’auteur une fois la source identifiée. ### Ce que chaque notice doit permettre de vérifier Une bonne entrée d’index répond, au minimum, à quatre questions : - Quelle est la forme exacte de la citation, sans mot ajouté ni retranché. - Dans quelle œuvre elle se trouve, avec la subdivision utile quand elle existe. - Qui parle réellement, l’auteur, un narrateur, un personnage, un correspondant. - Quelles formules voisines circulent sous le même nom, sans référence établie. La différence entre une citation et une formule flottante tient souvent à peu de chose : un titre, une date, une partie, parfois un simple numéro. C’est ce détail qui permet de vérifier au lieu de répéter. On peut l’illustrer par un cas parfaitement stable : Je pense, donc je suis. René Descartes, Discours de la méthode , quatrième partie, 1637 À l’inverse, certains auteurs sont cités dans des traductions concurrentes. Nietzsche est un bon exemple : la phrase est connue, la formulation française varie, et l’on oublie facilement la section où elle se trouve. La page sur Nietzsche, souvent mal cité montre comment une référence précise coupe court aux approximations. ## Auteurs très consultés, difficultés typiques Quelques noms reviennent sans cesse dans les copies, les discours et les recueils de seconde main. Ils ne posent pas tous le même problème. Le tableau ci dessous résume les points de vigilance les plus fréquents. Auteur Point de vigilance Ce qu’il faut retrouver Alain Les Propos sont nombreux et datés Le titre du volume ou la date du propos Albert Camus Beaucoup de phrases paraphrasées L’œuvre exacte, roman, essai ou article Friedrich Nietzsche Traductions divergentes, fragments isolés Le livre, puis la section Oscar Wilde Aphorismes dispersés entre théâtre, essais et conversations rapportées L’œuvre publiée, pas la légende mondaine Jules Renard Le Journal est daté, mais souvent cité sans date La date de l’entrée Blaise Pascal Numérotations multiples des Pensées L’édition ou la double numérotation La Rochefoucauld Les maximes se vérifient par numéro Le numéro de maxime Sigmund Freud La traduction peut déplacer le sens L’ouvrage, et si possible le texte allemand ou le traducteur Deux familles d’erreurs dominent. La première consiste à attribuer à l’auteur une reformulation postérieure, plus brève et plus frappante que l’original. La seconde consiste à prélever une réplique de théâtre ou un mot de roman comme s’il s’agissait d’une profession de foi personnelle. L’index est fait pour neutraliser ces deux réflexes. ### Ce qu’un index d’auteurs doit aussi signaler Il ne suffit pas d’aligner des références sûres. Il faut également dire, noir sur blanc, quand une attribution est douteuse. La formule « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » circule sous le nom de Gandhi, sans référence établie dans ses écrits publiés. La formule « Élémentaire, mon cher Watson » est prêtée à Sherlock Holmes, alors qu’elle n’apparaît pas sous cette forme dans le canon de Conan Doyle. Ces mentions négatives sont utiles : elles évitent de perdre du temps à chercher un chapitre qui n’existe pas. Quand aucune source probante n’a été retrouvée, le plus honnête est de basculer la recherche vers les attributions douteuses, apocryphes ou sans source . C’est souvent là que finissent les citations qui ne reposent que sur le prestige d’un nom. ## Chercher par auteur, ou remonter depuis la formule Le bon ordre dépend du point de départ. Si le nom est certain et la formule à peu près exacte, l’index des auteurs est la voie la plus rapide. Si la phrase est approximative, mieux vaut commencer par quelques mots saillants, puis vérifier l’œuvre entière. Si seul le thème est connu, il est plus efficace d’entrer par les recueils thématiques, puis de revenir vers l’auteur une fois la citation établie. Cette page n’a donc pas pour but de faire nombre. Elle sert à établir un périmètre de confiance. Un auteur n’y figure pas parce qu’il inspire des affiches, mais parce qu’on peut renvoyer à une œuvre, à une division du texte, et parfois à une date précise. L’utilité d’un index commence au moment où l’on peut poser le livre sur la table. À mesure que l’index s’étend, il dessine aussi une cartographie des usages scolaires et éditoriaux. Certains noms, comme Pascal, La Rochefoucauld ou Nietzsche, exigent un appareil de vérification plus serré que d’autres. D’autres, comme Camus ou Wilde, montrent combien la paraphrase moderne efface vite la phrase originale. Dans tous les cas, la règle reste la même : pas d’auteur sans œuvre, pas d’œuvre sans repère, pas de repère sans possibilité de contrôle. On peut enfin lire cet index comme une invitation à mieux citer. Une référence exacte n’alourdit pas une formule, elle lui rend son poids. Elle indique où commencer la lecture, et parfois où corriger une habitude de langage. Entre un nom prestigieux et un texte vérifiable, le choix devrait toujours être simple. Revenir aux citations sourcées --- # Citations sur l'amitié, sourcées jusqu'à l'œuvre URL : https://voscitations.org/citations-amitie/ VosCitations › Citations sur l’amitié, avec leurs sources Citations sur l’amitié, avec leurs sources Quelques textes solides, de Montaigne à Saint-Exupéry, pour citer l’amitié sans slogans, avec l’œuvre, la subdivision utile et la date. L’amitié produit beaucoup de belles phrases, et beaucoup de faux souvenirs de lecture. Cette page ne retient que des formules rapportées à leur texte. Pour l’esprit du site, il suffit de revenir au recueil raisonné des citations sourcées : un nom d’auteur ne remplace pas une référence. Sur ce sujet, le tri est utile. Les recueils mélangent volontiers confidence, morale, théâtre, fable et proverbe. Or le mot ami ne recouvre pas toujours la même chose. Chez Montaigne, il désigne une rencontre unique. Chez Molière, il sert à démasquer les politesses mondaines. Chez La Fontaine, il prend la forme d’une épreuve. Chez Saint-Exupéry, il suppose un lien, du temps et une responsabilité. Autre prudence, très concrète : beaucoup de sentences sur l’amitié sont des proverbes, des résumés scolaires ou des images de réseaux sociaux. Elles ne sont pas toutes de fausses pensées, mais elles ne sont pas forcément des citations. Le détour par les proverbes, qui ne sont pas des citations évite bien des confusions. Deux réflexes utiles Vérifier d’abord l’œuvre précise, ensuite la situation d’énonciation. Une phrase dite par un personnage ne se confond pas automatiquement avec l’opinion de l’auteur. Auteur Œuvre Repère Date Montaigne Essais Livre I, chapitre 28 1580 Molière Le Misanthrope Acte I, scène 1 1666 Molière Les Femmes savantes Acte I, scène 1 1672 La Fontaine Fables Livre VIII, fable 11 1678 Saint-Exupéry Le Petit Prince Chapitre XXI 1943 ## Montaigne, l’amitié comme rencontre singulière La formule la plus célèbre sur l’amitié est aussi l’une des plus souvent amputées de son contexte. Montaigne parle de son lien avec Étienne de La Boétie. Il ne rédige ni un conseil de développement personnel, ni une théorie des relations sociales en général. Il tente de nommer une affinité qu’il juge exceptionnelle. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en répondant : Parce que c’était lui, parce que c’était moi. Montaigne, Essais, livre I, chapitre 28, De l’amitié, 1580 La célébrité de la phrase fait oublier le chapitre entier. Montaigne y distingue nettement l’amitié d’élection des alliances d’intérêt, des camaraderies de circonstance et des liaisons commandées par l’utilité. La phrase est donc moins une définition universelle qu’un aveu de singularité. Elle dit l’impossibilité de réduire certains attachements à une cause simple. ### Ce que la formule autorise, et ce qu’elle n’autorise pas On peut s’en servir pour rappeler qu’une amitié n’est pas un contrat calculé. On l’emploie moins bien quand on lui fait dire que toute affection serait irrationnelle, ou que l’amitié dispenserait de toute exigence morale. Chez Montaigne, l’élection n’abolit pas la lucidité. Elle la rend plus rare et plus haute. ## Molière, la sincérité contre l’amitié de façade Le théâtre classique fournit plusieurs phrases nettes sur l’amitié, à condition de les laisser dans leur scène. Chez Molière, l’ami est souvent celui dont le nom sert trop vite, trop largement, presque comme une monnaie sociale. La critique porte sur la civilité mécanique, pas sur l’affection véritable. Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur, On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. Molière, Le Misanthrope, acte I, scène 1, 1666 Ces vers n’offrent pas une théorie abstraite de la franchise. Alceste les prononce dans une querelle sur les usages du monde. Ils servent donc très bien à rappeler qu’une relation amicale ne se soutient pas de formules vides, beaucoup moins à prêcher une brutalité érigée en vertu. L’amitié demande un peu plus de mystère, Et c’est assurément en profaner le nom Que de vouloir le mettre à toute occasion. Molière, Les Femmes savantes, acte I, scène 1, 1672 Ici encore, Molière vise l’inflation verbale. Le mot amitié perd sa valeur quand il devient une étiquette disponible pour toutes les complaisances. La leçon reste actuelle : le vocabulaire de l’attachement s’use vite quand il sert d’abord à paraître aimable. ## La Fontaine, l’ami à l’épreuve Chez La Fontaine, l’amitié se reconnaît moins aux déclarations qu’aux gestes. La fable donne une forme brève à cette idée : l’ami véritable voit le besoin avant même qu’on l’énonce. La citation est souvent tronquée à son premier vers, alors que les suivants en donnent le sens précis. Qu’un ami véritable est une douce chose ! Il cherche vos besoins au fond de votre cœur, Il vous épargne la pudeur De les lui découvrir vous-même. Jean de La Fontaine, Fables, livre VIII, fable 11, Les Deux Amis, 1678 La délicatesse compte ici autant que le secours. L’ami n’attend pas l’aveu humiliant. Il devine, il prévient, il ménage. C’est une très bonne citation pour une copie ou un discours sur l’attention, à condition de ne pas l’arracher à la fable entière, où l’amitié se mesure à l’inquiétude et au mouvement immédiat. Un songe, un rien, tout lui fait peur Quand il s’agit de ce qu’il aime. Jean de La Fontaine, Fables, livre VIII, fable 11, Les Deux Amis, 1678 Ces deux vers disent la vulnérabilité propre à l’amitié. Ils rappellent qu’aimer un ami, ce n’est pas seulement partager des plaisirs, c’est aussi devenir exposé à ce qui peut lui arriver. - Pour définir l’amitié, Montaigne convient mieux. - Pour dénoncer la fausse familiarité, Molière est plus juste. - Pour montrer l’attention concrète et l’épreuve, La Fontaine est souvent le meilleur appui. ## Saint-Exupéry, apprivoiser et répondre de l’autre Au XXe siècle, peu de pages ont autant façonné l’imaginaire de l’amitié que le chapitre XXI du Petit Prince . Le renard n’y livre pas une maxime isolée, mais une petite théorie du lien : il faut du temps, des rites, une patience réciproque. On est déjà au bord de l’amitié, même si le vocabulaire du livre reste celui de l’apprivoisement. Comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, chapitre XXI, 1943 Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, chapitre XXI, 1943 La première phrase s’attaque à l’illusion de l’immédiat. La seconde introduit une exigence. L’amitié n’est pas un sentiment purement intérieur, elle oblige. C’est souvent ce qui manque aux citations d’usage décoratif sur le sujet : elles célèbrent la chaleur du lien et oublient sa charge. Le faux ami de Camus La formule « Ne marche pas devant moi, je ne te suivrai peut-être pas... marche simplement à côté de moi et sois mon ami » circule sous le nom de Camus, sans référence établie dans ses œuvres. Pour d’autres cas du même genre, voir les attributions douteuses et les phrases sans source . Cette fausse attribution mérite d’être signalée, parce qu’elle revient souvent dans les anciennes pages sur l’amitié. Elle n’a pas sa place dans un recueil sourcé. La page consacrée à Camus, cité et mal cité montre bien à quel point son nom sert de support à des phrases qu’il n’a pas écrites. ## Employer ces citations sans les déformer Trois précautions suffisent, en classe, en dissertation ou dans un discours : - Garder la scène ou le chapitre. Alceste parle dans une querelle, le renard dans un dialogue, Montaigne dans un essai de deuil et de mémoire. - Ne pas gonfler la portée de la phrase. « Parce que c’était lui, parce que c’était moi » n’est pas une définition générale de toute relation humaine. - Éviter les phrases trop parfaites pour être vraies. Plus une sentence paraît prête pour l’affiche, plus la source doit être vérifiée. Pour prolonger sur des thèmes voisins, le recueil de citations sur l’amour avec leurs sources permet de comparer ce que les textes distinguent ou rapprochent entre amour et amitié. Et pour retrouver d’autres dossiers de ce type, la page des recueils classés par sujet donne l’ensemble des parcours disponibles. Revenir aux citations sourcées --- # Citations sur l'amour, sourcées jusqu'à l'œuvre URL : https://voscitations.org/citations-amour/ VosCitations › Citations sur l’amour, avec leurs sources Citations sur l’amour, avec leurs sources De Louise Labé à Aragon, quelques phrases sur l’amour qui tiennent encore parce qu’on peut les rendre à leur œuvre, à leur scène ou à leur poème. L’amour attire les citations plus vite qu’aucun autre sujet. Une même phrase devient conseil général, devise de mariage ou image partagée. Or le sens change dès qu’on rend la formule à son sonnet, à sa scène, à sa maxime ou à sa date. Règle simple Un nom d’auteur ne suffit pas. Pour citer l’amour proprement, il faut au moins une œuvre, et, si le texte s’y prête, un acte, un sonnet, une maxime ou une date. Le théâtre demande un réflexe de plus : la phrase exprime d’abord ce qu’un personnage dit dans une situation précise. Le principe du recueil sourcé de citations vaut ici plus qu’ailleurs. Sur l’amour, les formules sans source se multiplient, parce qu’elles ont l’air immédiatement vraies. Auteur Formule Référence Louise Labé Baise m’encor, rebaise-moi et baise Sonnets, XVIII, 1555 Corneille Va, je ne te hais point. Le Cid, acte III, scène 4, 1637 Racine C’est Vénus tout entière à sa proie attachée. Phèdre, acte I, scène 3, 1677 La Rochefoucauld Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux... Maxime 136, 1665 Aragon Il n’y a pas d’amour heureux. La Diane française, 1945 ## L’aveu, le désir, la scène Baise m’encor, rebaise-moi et baise Louise Labé, Sonnets, XVIII, 1555 Le vers est souvent isolé comme une profession de foi sensuelle. Il faut pourtant le lire comme l’ouverture d’un sonnet, avec sa cadence insistante, sa réciprocité demandée et la voix très construite d’une poète. Ce n’est pas une sentence sur l’amour, c’est un mouvement de désir. Va, je ne te hais point. Pierre Corneille, Le Cid, acte III, scène 4, 1637 On cite cette demi-négation comme un aveu parfait. La scène est moins simple. Chimène parle à Rodrigue après la mort de son père, tué par celui qu’elle aime. La phrase dit l’impossibilité de choisir entre passion et devoir. En dehors de la scène, elle devient une jolie formule ; dans la scène, elle est une contradiction presque intenable. ### Le personnage n’est pas l’auteur C’est Vénus tout entière à sa proie attachée. Jean Racine, Phèdre, acte I, scène 3, 1677 La phrase passe souvent pour une définition racinienne de l’amour. Phèdre parle en réalité de la persécution du désir, sous le nom de Vénus. Le mot important n’est pas seulement « Vénus », c’est « proie ». La passion, ici, n’élève pas, elle traque. Beaucoup de contresens naissent quand on retire cette violence mythologique et dramatique. ## La formule brève, maxime ou image Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour. François de La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales, maxime 136, 1665 La Rochefoucauld corrige l’illusion lyrique par la sociologie des passions. On aime aussi avec des modèles, des récits, des poses apprises. Ce n’est pas un refus de l’amour, c’est un soupçon jeté sur sa part d’imitation. Pour d’autres formules à numéro fixe, la page La Rochefoucauld, la maxime et son numéro aide à remonter au texte. La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur. Paul Éluard, « L’Amoureuse », Capitale de la douleur, 1926 Chez Éluard, l’amour n’est pas résumé en thèse. Il devient image. Le vers d’ouverture transforme un détail du visage en espace intérieur. Le succès de la formule tient à sa brièveté, mais son effet vient du poème entier, qui déplie cette métamorphose. Sorti du poème, le vers reste beau ; relu dans le poème, il retrouve sa gravité douce. - Dans un sonnet, la phrase vaut par sa place dans le rythme. - Au théâtre, elle dépend de celui qui parle et de celui qui écoute. - Dans une maxime, elle concentre un paradoxe plutôt qu’une confidence. - Dans un poème moderne, une image n’est pas forcément une définition. ## Jeunesse, absence, désastre On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. Arthur Rimbaud, « Roman », Cahiers de Douai, septembre 1870 La phrase ouvre un poème de rencontre, de saison et de trouble léger. Elle est souvent reprise comme une vérité psychologique générale. Chez Rimbaud, elle a d’abord la vitesse d’un souvenir et la désinvolture voulue d’une entrée en matière. L’amour y est moins doctrine qu’éveil. N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre. Marceline Desbordes-Valmore, « Les Séparés », Poésies inédites, 1860 Ici, l’amour ne parle plus dans l’élan, mais dans l’interdiction et le manque. Le premier vers frappe parce qu’il refuse le remède attendu, la lettre. Toute la pièce tient dans cette logique paradoxale, vouloir le lien et repousser son signe. Quand le sujet glisse vers l’union civile, la durée commune et ses rites, le recueil des citations sur le mariage permet de ne pas mêler deux registres différents. Il n’y a pas d’amour heureux. Louis Aragon, « Il n’y a pas d’amour heureux », La Diane française, 1945 La formule est devenue proverbe moderne, alors qu’elle est le titre et le refrain d’un poème. Aragon n’y dénonce pas l’amour comme illusion sentimentale ; il l’inscrit dans l’histoire, la perte, le risque, la guerre. Beaucoup de phrases de ce type circulent sans œuvre ni date. Celles qui n’ont pas de référence établie relèvent plutôt des attributions douteuses . ## Ce que la source change quand on cite l’amour - Elle remplace le vague par un texte. Corneille n’est pas une référence, Le Cid, acte III, scène 4 en est une. - Elle rappelle le cadre. Une déclaration peut être un aveu, une plainte, une réplique ironique ou un titre de poème. - Elle évite les mélanges. Une maxime de moraliste ne fonctionne pas comme un sonnet amoureux. - Elle protège contre les slogans parfaits, précisément parce qu’ils sont trop parfaits pour être vrais sans vérification. Le recueil sur l’amour gagne à rester court et sûr. Mieux valent quelques lignes rendues à Louise Labé, Corneille, Racine, La Rochefoucauld, Éluard, Rimbaud, Desbordes-Valmore ou Aragon que des dizaines de phrases orphelines. Si la formule ressemble à un dicton plus qu’à un texte repérable, il faut souvent aller voir du côté des proverbes , pas des citations. Revenir aux citations sourcées --- # Citations sur l'histoire, sourcées jusqu'à l'œuvre URL : https://voscitations.org/citations-histoire/ VosCitations › Citations sur l’histoire, avec leurs sources Citations sur l’histoire, avec leurs sources L’histoire sert à établir des faits, à donner du sens, et parfois à fabriquer des légendes, voici des citations attestées, puis deux attributions sans source établie. Le mot histoire désigne à la fois une discipline, un récit, une mémoire collective et parfois un destin. C’est aussi un terrain où les formules se déforment vite. Le principe rappelé sur la page qui pose la méthode du site vaut ici plus qu’ailleurs : un nom d’auteur ne remplace pas une référence. Sur ce sujet, l’erreur la plus fréquente consiste à citer une maxime sur l’histoire sans savoir si elle vient d’un historien, d’un philosophe, d’un personnage, d’un manuel scolaire ou d’une reformulation tardive. L’autre erreur consiste à prendre une phrase générale pour un programme d’historien. Or l’histoire comme savoir ne parle pas tout à fait comme l’histoire comme expérience humaine. Nom, titre, date Une formule sur l’histoire n’est vérifiable que si l’on peut remonter à son texte. Le titre de l’œuvre, la date, et, quand elle est sûre, la subdivision, évitent de transformer une idée en slogan flottant. ## L’histoire comme discipline Quelques formules servent de repères parce qu’elles disent ce qu’attend le lecteur d’un travail historique : des traces, une enquête, un rapport critique au vrai, et un effort pour relier le passé au présent. L’histoire se fait avec des documents. Charles Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques , 1898 La phrase est souvent isolée, mais elle garde sa force. Elle rappelle que l’historien ne part pas d’une opinion, ni d’une morale, ni d’une belle formule. Il part de traces. Le mot document doit d’ailleurs être entendu largement : textes, inscriptions, archives, objets, images, registres, témoignages contrôlés. L’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé. Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien , introduction, 1949 Marc Bloch ajoute aussitôt qu’il est tout aussi vain de prétendre comprendre le passé sans rien savoir du présent. La formule n’invite donc pas au culte des origines. Elle pose un va et vient. Lire le passé, c’est aussi mieux voir ce qui, dans le présent, paraît aller de soi. Sur ce point, la question touche directement celle des citations sur la vérité , parce que l’histoire travaille toujours entre preuve, interprétation et vérification. ### Une vieille définition, et sa méfiance moderne La tradition humaniste a donné de l’histoire une définition très haute. La modernité, elle, a rappelé ses dangers. Les deux gestes sont utiles, à condition de ne pas les confondre. Historia vero testis temporum, lux veritatis, vita memoriae, magistra vitae, nuntia vetustatis. Cicéron, De oratore , livre II, 9, 36, 55 av. J. C. On traduit ordinairement : l’histoire est le témoin des temps, la lumière de la vérité, la vie de la mémoire, la maîtresse de la vie, la messagère de l’antiquité. La formule a nourri des siècles d’enseignement. Elle donne à l’histoire une fonction civique et morale, presque éducative. L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. Paul Valéry, Regards sur le monde actuel , « De l’histoire », 1931 Valéry prend le contre pied de la formule antique. Il ne nie pas l’intérêt du passé, il montre qu’un usage passionnel de l’histoire peut justifier des haines, des revanches et des fictions nationales. Entre Cicéron et Valéry, il n’y a pas contradiction simple. Il y a un avertissement : l’histoire instruit, mais elle peut aussi enivrer. Auteur Œuvre Date Point décisif Langlois et Seignobos Introduction aux études historiques 1898 Le document comme point de départ Marc Bloch Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien 1949 Le lien entre passé et présent Cicéron De oratore 55 av. J. C. La fonction civique de l’histoire Paul Valéry Regards sur le monde actuel 1931 Le danger des usages idéologiques ## L’histoire comme mémoire, oubli et contingence L’histoire ne se réduit pas à la méthode. Elle est aussi ce par quoi une société se raconte, sélectionne ses souvenirs, et parfois reconstruit son passé. Certaines citations éclairent cette seconde dimension. Le nez de Cléopâtre : s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. Blaise Pascal, Pensées , fragment 162, édition Lafuma, 1670 La phrase ne définit pas l’histoire comme discipline. Elle rappelle autre chose : la fragilité des causes, la place du hasard, l’enchaînement imprévisible des effets. On la cite souvent pour les hasards historiques. C’est légitime, à condition de ne pas oublier qu’elle appartient à une réflexion plus large sur la vanité humaine et les disproportions du monde. Pour Pascal, le numéro du fragment n’est jamais indifférent, d’où l’utilité de la page consacrée à Pascal et à la numérotation des Pensées . L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation. Ernest Renan, Qu’est ce qu’une nation ? , conférence du 11 mars 1882 Chez Renan, la phrase est célèbre parce qu’elle dérange. Elle dit qu’une communauté politique ne se forme pas seulement par la mémoire, mais aussi par une sélection du passé, parfois par son lissage. Il ne faut pas la lire comme une autorisation au mensonge. Elle décrit un mécanisme de formation nationale, avec sa part de simplification et d’amnésie. Pascal et Renan ont un point commun : ils vaccinent contre l’idée d’un passé transparent. L’histoire réelle n’est ni une mécanique pure ni un grand récit parfaitement cohérent. Elle est faite de causes entremêlées, d’accidents, de silences, et de reconstructions postérieures. ## Deux formules qui circulent sans source établie Le thème de l’histoire attire les phrases définitives. Deux d’entre elles reviennent partout, souvent sous des noms prestigieux. Dans l’état actuel des références établies, il faut les traiter comme des attributions douteuses. - « L’histoire est écrite par les vainqueurs. » La formule est souvent attribuée à Winston Churchill. Aucune référence établie ne permet de la situer avec certitude dans ses discours ou ses livres. Elle résume une idée répandue, mais elle n’est pas, en l’état, une citation sourcée de Churchill. - « L’histoire ne se répète pas, elle bégaye. » La formule est souvent attribuée à Karl Marx. Aucune référence établie ne la donne sous cette forme chez lui. Elle semble fonctionner comme une condensation tardive d’un passage sur la répétition des événements historiques, sans en reprendre les mots. Ces deux cas relèvent moins du florilège que du dossier des phrases sans texte. Elles ont leur place dans le rayon des attributions flottantes, à consulter sur les attributions douteuses et les formules sans source . ### Deux prudences utiles - Quand une formule sur l’histoire tient en une phrase parfaite, vérifier d’abord si elle vient bien d’une œuvre identifiable. Plus la phrase paraît scolaire, plus le risque de reformulation tardive est grand. - Quand la citation est authentique, lire son cadre. Une conférence sur la nation, un traité de rhétorique, un fragment des Pensées ou un essai sur le métier d’historien n’emploient pas le mot histoire dans le même sens. - Enfin, distinguer la citation du proverbe. Beaucoup de sentences générales sur le passé n’ont pas d’auteur identifiable. Elles relèvent du fonds commun, non du texte signé, ce que rappelle la page sur les proverbes qui ne sont pas des citations . Pour un recueil sur l’histoire, le minimum n’est donc pas une belle phrase, mais une référence sûre. Avec elle, la citation redevient ce qu’elle doit être : un passage situé, daté, interprétable. Sans elle, l’histoire cesse d’être un savoir du passé et devient, très vite, une histoire de plus. Revenir aux citations sourcées --- # Citations sur l'homme et la condition humaine URL : https://voscitations.org/citations-homme/ VosCitations › Citations sur l’homme, avec leurs sources Citations sur l’homme, avec leurs sources De Montaigne à Rousseau, quelques formules solides pour penser l’être humain, ses limites, sa liberté, ses illusions et sa place parmi les autres. Le mot homme est vaste, et souvent piégeux. Dans les textes classiques, il désigne très souvent l’être humain en général, non le seul individu masculin. C’est une première précaution de lecture. La seconde est plus simple encore : sur un sujet aussi large, mieux vaut peu de phrases, mais avec leur œuvre et leur place exacte dans l’œuvre. Un mot, plusieurs emplois Selon les siècles, « homme » peut nommer l’humanité entière, l’individu singulier, ou l’être social et politique. Une même formule change donc de portée selon son contexte. Le principe rappelé sur le recueil raisonné de citations sourcées vaut particulièrement ici. Plus le thème est général, plus les phrases sans référence prolifèrent. Depuis le sommaire des recueils par sujet , celle ci voisine naturellement avec les pages consacrées à la vie, à la vérité ou à l’histoire, parce qu’elles rencontrent la même question : qu’est ce qu’un être humain, et que peut on dire de lui sans l’aplatir en slogan. On peut ordonner ces citations selon trois lignes simples : - l’homme comme condition, fragile et finie, - l’homme comme sujet pensant, - l’homme comme être parmi les autres, dans la cité et dans le langage. Auteur Formule Référence Montaigne Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. Essais , III, 2, 1588 Pascal L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. Pensées , Laf. 200, Br. 347, 1670 Rousseau L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. Du contrat social , I, 1, 1762 Descartes je pense, donc je suis Discours de la méthode , quatrième partie, 1637 Rabelais rire est le propre de l’homme Gargantua , « Aux lecteurs », 1534 ## L’humaine condition, entre singularité et fragilité La formule la plus nette, pour ouvrir un tel dossier, reste celle de Montaigne. Elle ne définit pas l’homme par une essence abstraite. Elle rappelle qu’en chaque individu se lit quelque chose de l’espèce entière. C’est une pensée de moraliste, mais aussi une méthode. Regarder un cas singulier, c’est déjà regarder l’humanité. Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. Montaigne, Essais , livre III, chapitre 2, 1588 Cette phrase se trouve dans le chapitre « Du repentir ». Elle sert souvent de devise à une lecture concrète de l’homme, loin des systèmes trop fermés. Chez Montaigne, l’expérience personnelle n’est pas un détour narcissique. Elle est un accès à l’universel, parce que l’homme n’est jamais séparé tout à fait des autres hommes. L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. Pascal, Pensées , éd. posthume, 1670, Laf. 200, Br. 347 Pascal tient ensemble deux données qu’on sépare souvent. D’un côté, la faiblesse, le corps exposé, la petitesse dans l’univers. De l’autre, la pensée, qui fait la dignité de l’homme. La formule est fameuse parce qu’elle est brève. Son intérêt réel est dans cette tension. L’homme n’est ni pur néant, ni maître assuré de la nature. Il est fragile, mais conscient de sa fragilité. Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Pascal, Pensées , éd. posthume, 1670, Laf. 136, Br. 139 Le second éclair pascalien déplace la question. La condition humaine n’est pas seulement faiblesse physique, elle est aussi agitation intérieure. L’homme se fuit lui même. Il se disperse pour ne pas se voir tel qu’il est. Pour ce texte, la numérotation des fragments varie selon les éditions, ce que rappelle utilement la page Pascal, les Pensées et leur numérotation . ## L’homme dans la cité, et devant les autres Dès qu’on quitte l’intimité du sujet, la question devient politique. L’homme n’est pas seulement un être qui pense. Il vit sous des institutions, des lois, des dépendances. Rousseau ouvre Du contrat social par une phrase qui a gardé sa force, précisément parce qu’elle oppose un principe et un fait. L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. Rousseau, Du contrat social , livre I, chapitre 1, 1762 Il ne s’agit pas d’un constat historique naïf sur un âge d’or perdu. La formule pose un problème de légitimité. Si l’homme naît libre, par quel droit obéit il ? Tout le livre part de là. Reprise seule, la phrase devient volontiers un slogan. Remise dans son chapitre, elle introduit une recherche sur l’autorité politique juste. Une autre tradition, plus ancienne, dit l’homme à partir du rapport aux autres hommes. Elle ne demande pas seulement ce qu’est l’individu, mais ce qui, dans l’expérience humaine, peut ou doit nous concerner. Homo sum: humani nihil a me alienum puto. Térence, Heautontimoroumenos , acte I, scène 1, vers 77 La phrase latine est souvent invoquée comme maxime humaniste. Son sens, en substance, est clair : étant homme, rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Elle est d’abord une réplique de théâtre. Comme souvent, la scène donne plus de poids à l’idée que le recueil de sentences. L’humanité ne se réduit pas à l’identité, elle passe par la reconnaissance de ce qui nous lie aux autres, jusque dans leurs faiblesses. je pense, donc je suis Descartes, Discours de la méthode , quatrième partie, 1637 On pourrait croire la formule très éloignée de la condition humaine ordinaire. Elle en est pourtant une pièce majeure. Descartes ne définit pas l’homme en général, il établit un point de certitude pour un sujet qui doute. Cette réduction extrême a eu des effets durables : l’homme moderne se pense aussi comme conscience de soi. La phrase n’épuise pas l’humain, mais elle en éclaire un foyer essentiel. ## Le propre de l’homme, et les faux évidents Beaucoup de citations sur l’homme prétendent isoler un « propre » : la raison, le langage, le rire, la liberté. Il faut alors vérifier deux choses, la source, puis la portée exacte. Rabelais est souvent cité de mémoire. Le texte, lui, se lit dans le poème liminaire de Gargantua . Mieulx est de ris que de larmes escripre, Pour ce que rire est le propre de l’homme. Rabelais, Gargantua , « Aux lecteurs », 1534 La formule est exacte, mais on la coupe presque toujours de son vers d’entrée. Chez Rabelais, elle justifie un choix d’écriture, celui du rire, non une définition philosophique complète de l’être humain. C’est une bonne règle générale : une citation sur l’homme dit souvent moins ce qu’est l’homme que ce que l’auteur veut faire de son sujet. ### Trois réflexes utiles - Demander si « homme » signifie humanité, individu, ou personnage précis. - Revenir au genre de l’œuvre, essai, traité, théâtre, poème. - Se méfier des formules trop parfaites, qui circulent sans livre, sans chapitre et sans date. Cela vaut aussi pour les sentences qu’on attribue vaguement à un philosophe parce qu’elles ont l’air profondes. Les formules sans texte établi relèvent plutôt du rayon des attributions douteuses . Un nom d’auteur, à lui seul, n’est pas une référence. ### Ce que ces citations ont en commun Montaigne, Pascal, Rousseau, Descartes, Térence, Rabelais, tous partent d’un angle différent. Pourtant, ils se rejoignent sur un point simple : l’homme n’est jamais un bloc. Il est à la fois corps et pensée, liberté et dépendance, singularité et ressemblance. C’est pourquoi les meilleures citations sur ce thème résistent à l’affiche. Elles obligent à rouvrir un chapitre, un fragment, une scène. Sur un sujet aussi chargé, la sobriété reste la meilleure méthode. Six citations bien situées valent mieux qu’une série de phrases anonymes, ressassées jusqu’à perdre leur sens. C’est souvent à ce prix seulement qu’une citation sur l’homme cesse d’être une formule, et redevient un texte. Revenir aux citations sourcées --- # Citations sur le mariage, sourcées jusqu'à l'œuvre URL : https://voscitations.org/citations-mariage/ VosCitations › Citations sur le mariage, avec leurs sources Citations sur le mariage, avec leurs sources Du verset biblique aux maximes classiques, le mariage inspire des formules opposées, sérieuses ou ironiques, mais seulement quand on peut remonter jusqu'au texte précis. Le mariage produit des phrases de nature très différente : versets, articles de loi, maximes, répliques de théâtre, notations de roman. Les réunir sous un même mot suppose de distinguer l'institution, l'expérience privée et le cliché social. La méthode rappelée sur le recueil raisonné de citations et de leurs sources est ici décisive : une réplique d'Arnolphe n'engage pas Molière comme une maxime de La Rochefoucauld engage son auteur. Pour les formules sur le sentiment plutôt que sur l'alliance, voir aussi les citations sur l'amour et leurs sources . ## Le mariage comme institution Avant les mots d'esprit, il y a des textes normatifs. Ils servent moins à briller qu'à définir. Deux sources, souvent résumées de mémoire, donnent un bon point de départ. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. La Bible, Genèse , 2, 24 Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance. Code civil , article 212, rédaction en vigueur Le premier texte fonde une union, le second énumère des obligations. Aucun des deux ne parle d'idylle. Ce décalage explique une part de la littérature sur le mariage : la loi dit ce qui se doit, les écrivains disent ce qui résiste. Qui parle Sur le mariage, la confusion la plus courante consiste à mettre sur le même plan un article de loi, un moraliste et un personnage de comédie. La source exacte évite ce mélange. ## Le mariage comme matière à maxime Les moralistes français aiment le mariage parce qu'il oblige à tenir ensemble passion, intérêt, habitude et réputation. La formule y gagne en netteté, parfois au prix de la noirceur. ### Trois formules, trois angles Il y a de bons mariages, mais il n'y en a point de délicieux. François de La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales , maxime 113, 1678 L'amour plaît plus que le mariage, par la raison que les romans sont plus amusants que l'histoire. Chamfort, Maximes et pensées, caractères et anecdotes , 1795 Le mariage doit incessamment combattre un monstre qui dévore tout : l'habitude. Honoré de Balzac, Physiologie du mariage , 1829 La Rochefoucauld juge depuis la maxime, Chamfort depuis l'ironie, Balzac depuis l'observation sociale. On peut prolonger ce parcours par la page consacrée à La Rochefoucauld et à la numérotation de ses maximes , utile dès qu'une formule circule sans son numéro. Le point commun de ces trois textes est simple : le mariage n'y est jamais une pure évidence sentimentale. Il faut compter avec la durée, avec le récit qu'une société se fait d'elle même, et avec l'usure ordinaire des jours. ## Au théâtre, ce n'est pas l'auteur qui parle La scène grossit les positions. Chez Molière, le mariage n'est pas seulement un état civil, c'est un dispositif comique où se révèlent la peur du ridicule, le désir de possession et l'obsession de la tromperie. Épouser une sotte est pour n'être point sot. Molière, L'École des femmes , acte I, scène 1, 1662 Le mariage, Agnès, n'est pas un badinage, à d'austères devoirs le rang de femme engage. Molière, L'École des femmes , acte V, scène 4, 1662 Ces deux vers appartiennent au même personnage, Arnolphe. Ils n'expriment pas une doctrine de Molière sur la femme en général, ils dessinent un jaloux autoritaire. C'est le type même de contresens produit par une citation détachée de sa scène. Source Qui parle Ce que le texte vise Genèse , 2, 24 Le texte biblique Le principe d'union Code civil , art. 212 Le législateur Les devoirs des époux L'École des femmes , I, 1 Arnolphe La peur d'être trompé Dictionnaire des idées reçues , art. « Mariage » Le cliché social, saisi par la satire La banalité répétée ## Formules qui circulent sans source établie Le sujet attire les apocryphes, sans doute parce qu'une bonne méchanceté sur le mariage se retient facilement. Quand l'œuvre manque, mieux vaut ranger la formule dans le rayon des attributions douteuses . - « Le mariage est le tombeau de l'amour » , formule très répandue, sans auteur ni œuvre établis. Elle relève davantage du lieu commun que de la citation vérifiable. - « Le mariage est la principale cause de divorce » , phrase attribuée selon les recueils à Oscar Wilde, à Groucho Marx ou à un anonyme, sans référence textuelle sûre sous cette forme française. - « Le mariage, c'est résoudre à deux des problèmes qu'on n'aurait jamais eus seul » , formule donnée tour à tour à Sacha Guitry, à Devos ou à d'autres, sans source établie. Dans le même ordre d'idées, plusieurs sentences sur le mariage ne sont en réalité que des proverbes modernisés. La distinction est rappelée sur les proverbes, qui ne sont pas des citations . Tous les maris sont cocus. Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues , article « Mariage », 1913 Flaubert est utile ici parce qu'il donne, non pas une vérité sur le mariage, mais le cliché lui même. Son Dictionnaire des idées reçues enregistre la bêtise sociale au moment où elle se fige en formule. Ce recueil ne prétend pas trancher pour ou contre le mariage. Il rappelle une règle plus simple : sur ce sujet plus qu'ailleurs, la phrase la plus citée n'est pas toujours la plus sûre, et la plus utile reste celle dont on peut encore nommer le livre, l'article, l'acte ou le chapitre. Revenir aux citations sourcées --- # Citations sur la vérité, sourcées jusqu'à l'œuvre URL : https://voscitations.org/citations-verite/ VosCitations › Citations sur la vérité, avec leurs sources Citations sur la vérité, avec leurs sources De Descartes à Péguy, quelques formules sûres sur la vérité, le mensonge et l'erreur, rendues à leur œuvre, à leur contexte et à leur portée exacte. Les citations sur la vérité ont un défaut régulier : elles servent souvent de verdict, alors qu'elles naissent dans des contextes beaucoup plus précis, un traité de méthode, une pièce, un essai moral, une satire. Sur ce sujet plus qu'ailleurs, la formule isolée trompe vite. Dire vrai, chercher le vrai, confondre le vrai avec le plausible, mentir par intérêt, calomnier par calcul, ce ne sont pas les mêmes gestes. Le principe rappelé sur le recueil sourcé de citations et de fausses attributions vaut ici sans réserve : un nom d'auteur ne suffit pas. Il faut une œuvre, et, dès que possible, une partie, un chapitre, un acte, une scène. C'est le seul moyen de ne pas transformer une phrase en slogan. Un piège fréquent Une phrase sur la vérité paraît toujours immédiatement juste. C'est justement pour cela qu'il faut la replacer dans son texte. Sans ce retour à l'œuvre, on cite souvent moins une pensée qu'un souvenir de lecture. ## Chercher le vrai, ce n'est pas répéter une formule Chez Descartes, la vérité n'est pas d'abord un thème moral. C'est une règle de méthode. La phrase la plus utile n'encourage ni la méfiance systématique ni la pose sceptique, elle impose un critère de clarté avant l'assentiment. Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle. René Descartes, Discours de la méthode , deuxième partie, 1637 La formule est souvent citée comme un mot d'ordre du doute. Elle dit plus exactement autre chose : suspendre son jugement tant que l'évidence manque. La vérité n'est pas une opinion forte, c'est une proposition examinée. Fontenelle, un demi-siècle plus tard, vise le même défaut par une autre voie. Il se moque moins de l'erreur elle-même que de notre empressement à l'expliquer avant de l'avoir vérifiée. Assurons-nous bien du fait avant que de nous inquiéter de la cause. Bernard Le Bovier de Fontenelle, Histoire des oracles , chapitre IV, 1687 Cette phrase mérite d'être relue telle quelle. Elle n'oppose pas la science à l'opinion en général. Elle rappelle une hiérarchie simple : établir d'abord ce qui est, chercher ensuite pourquoi c'est. Beaucoup de citations sur la vérité oublient ce premier temps. Chez Péguy, enfin, la vérité relève moins d'une méthode que d'une discipline du regard. La difficulté n'est pas seulement de parler vrai, elle est de voir juste. Il faut toujours dire ce que l'on voit, surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit. Charles Péguy, Notre jeunesse , 1910 La seconde moitié de la phrase est la plus importante. On ment parfois. Mais on se trompe aussi de bonne foi, faute d'avoir regardé assez longtemps, ou faute d'avoir regardé sans intérêt personnel. Sur la vérité, l'erreur précède souvent le mensonge. ## Le mensonge, la sincérité, la calomnie Montaigne ouvre son chapitre « Des menteurs » par une condamnation nette. Ce n'est pas une pose de moraliste abstrait. L'essai part d'une expérience très concrète, la faiblesse de la mémoire et les accommodements qu'elle favorise. Le mentir est certes un maudit vice. Michel de Montaigne, Essais , livre I, chapitre 9, « Des menteurs », 1580 La brièveté frappe, mais le contexte compte. Montaigne ne traite pas seulement du mensonge délibéré. Il montre aussi combien une parole infidèle brouille les rapports humains. Le lien social tient à la confiance accordée à ce qui se dit. Rousseau donne, lui, une définition plus précise, presque juridique. On ne ment pas dès qu'on dit une chose fausse. On ment lorsqu'on dissimule une vérité due. Mentir, c'est cacher une vérité qu'on doit manifester. Jean Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation , livre IV, 1762 La nuance est importante. La vérité n'est pas, chez Rousseau, une obligation de tout dire à tout instant. Elle engage une responsabilité envers autrui. C'est pourquoi la maxime moderne « toute vérité n'est pas bonne à dire » ne peut pas être traitée comme une citation d'auteur : c'est d'abord une formule proverbiale, à rapprocher du dossier sur les proverbes, qui ne sont pas des citations . Molière donne à la sincérité l'un de ses vers les plus souvent repris. Mais il faut se souvenir que cette exigence sort de la bouche d'Alceste, personnage admirable par endroits, excessif à d'autres. Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur, on ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. Molière, Le Misanthrope , acte I, scène 1, 1666 Le vers n'exprime donc pas une doctrine de Molière déposée à l'état pur. Il lance le débat de la pièce. Jusqu'où peut-on exiger la vérité dans la vie sociale, sans détruire la civilité elle-même ? Une citation exacte n'interdit pas le contresens, elle le réduit seulement. Beaumarchais, de son côté, ne loue pas la calomnie. Il en montre le mécanisme dans la bouche de Basile, maître en nuisance. La formule a tant circulé qu'on oublie souvent qu'elle appartient à une scène comique et cynique. Calomniez, calomniez, il en reste toujours quelque chose. Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, Le Barbier de Séville , acte II, scène 8, 1775 Cette ligne résume un fait social durable : le faux laisse une trace même après rectification. Sur la vérité publique, c'est peut-être l'une des phrases les plus justes du théâtre français, à condition de ne pas la détacher du personnage qui la profère. ### Deux confusions à éviter La première consiste à prendre pour citation une formule collective. « Toute vérité n'est pas bonne à dire » relève de cet ordre. On la commente, on la discute, mais on ne l'attribue pas à la légère. La seconde consiste à reprendre des mots très connus sans texte d'origine établi. Le sujet de la vérité en produit beaucoup. Quand l'attribution flotte, mieux vaut les ranger du côté des attributions douteuses et des formules sans source assurée , plutôt que de leur fabriquer une autorité. - Vérifier d'abord si la phrase vient d'une œuvre précise. - Distinguer la parole d'un auteur et celle d'un personnage. - Ne pas confondre résumé fidèle et citation littérale. - Se méfier des maximes trop parfaites pour n'avoir qu'une seule source. ## Le vrai n'est pas toujours le vraisemblable Le mot de Boileau appartient à la poétique, non à la théorie générale de la connaissance. C'est justement ce qui le rend utile. Il rappelle que la vérité d'une chose et l'impression de crédibilité qu'elle produit ne coïncident pas toujours. Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. Nicolas Boileau, L'Art poétique , chant III, vers 48, 1674 On cite souvent cette ligne pour parler de politique, d'histoire ou de justice. L'extension est légitime, si l'on garde en tête son point de départ littéraire. Le réel déroute parfois davantage que la fiction bien construite. D'où tant d'erreurs de lecture, et tant de refus de croire ce qui s'est pourtant produit. Texte Ce qu'il vise Référence « ne recevoir jamais aucune chose pour vraie » La méthode du jugement Descartes, Discours de la méthode , deuxième partie, 1637 « Assurons-nous bien du fait » La vérification avant l'explication Fontenelle, Histoire des oracles , chapitre IV, 1687 « Le mentir est certes un maudit vice » La faute morale et sociale du mensonge Montaigne, Essais , I, 9, 1580 « Calomniez, calomniez » La persistance du faux Beaumarchais, Le Barbier de Séville , II, 8, 1775 « Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable » L'écart entre réalité et plausibilité Boileau, L'Art poétique , III, 48, 1674 Ces quelques références ne ferment pas le sujet. Elles montrent seulement une règle utile : les meilleures citations sur la vérité sont rarement les plus vagues. Elles ont une adresse précise, et leur sens devient plus net quand on revient à cette adresse. Pour élargir la recherche à d'autres thèmes, le passage par les recueils classés par sujet permet de comparer les emplois d'une même idée d'un auteur à l'autre. Et quand un mot d'esprit paraît trop net pour être honnête, le plus sûr reste encore de remonter au texte, puis à l'auteur, avant de le répéter. Revenir aux citations sourcées --- # Citations sur la vie, sourcées jusqu'à l'œuvre URL : https://voscitations.org/citations-vie/ VosCitations › Citations sur la vie, avec leurs sources Citations sur la vie, avec leurs sources De Montaigne à Proust, quelques phrases sur la vie qui tiennent parce qu'elles reviennent au texte, à l'oeuvre précise, et non au simple nom d'auteur. Parler de la vie oblige à resserrer le choix. Le mot peut désigner l'existence même, la conduite, la durée brève qui nous est accordée, ou encore l'intensité avec laquelle on habite ses jours. Mieux vaut donc quelques lignes nettes, venues d'oeuvres identifiées, que l'accumulation des slogans usuels. La page de VosCitations, citations, sources et usages rappelle le réflexe de base : si l'on n'a qu'un nom d'auteur, on n'a pas encore une référence. Sur un thème aussi large, l'erreur est fréquente. Beaucoup de belles phrases sur la vie circulent seules, détachées de tout livre, de toute date, et parfois de leur véritable auteur. Les textes qui suivent ne disent pas tous la même chose. Certains apprennent à vivre, d'autres rappellent la mort, d'autres encore font de la vie une expérience à goûter, à écrire, ou à tenter malgré tout. C'est précisément ce relief qui mérite d'être conservé. Un mot trop large La vie n'est pas un thème unique. Chez un moraliste, elle se pense comme conduite. Chez un poète, elle se mesure au temps. Chez un romancier, elle peut devenir expérience intérieure. La source exacte évite de tout aplatir. ## Apprendre à vivre Une première famille de textes refuse d'opposer la vie à la réflexion. Vivre n'est pas seulement durer. C'est une pratique, une tenue, parfois un travail très simple. Notre grand et glorieux chef d'oeuvre, c'est vivre à propos. Montaigne, Essais , III, 13, « De l'expérience », 1588 Chez Montaigne, la vie n'est pas un concept séparé de l'usage de soi. Le chapitre « De l'expérience » ramène sans cesse vers la mesure, l'attention, le juste accord entre l'âme et le corps. La formule est brève, mais elle suppose tout un art de vivre, très éloigné des grandes déclarations abstraites. Vivre n'est pas respirer, c'est agir, c'est faire usage de nos organes, de nos sens, de nos facultés, de toutes les parties de nous-mêmes, qui nous donnent le sentiment de notre existence. Jean Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation , livre I, 1762 Rousseau déplace le centre de gravité. Exister ne suffit pas. Il faut exercer ses facultés, entrer dans le monde, sentir sa propre puissance d'agir. La phrase est souvent isolée, mais elle prend ici place dans une réflexion sur l'éducation, donc sur une manière d'apprendre à devenir vivant. Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. Voltaire, Candide ou l'Optimisme , chapitre XXX, 1759 La dernière phrase de Candide vaut moins comme devise générale que comme sortie du bavardage métaphysique. Après les systèmes, les malheurs et les discours, il reste une tâche concrète. La vie n'est pas résolue, elle est reprise dans le travail, à hauteur d'homme. ### Quatre manières de dire vivre - Chez Montaigne, vivre est affaire de justesse. - Chez Rousseau, vivre suppose l'exercice de ses facultés. - Chez Voltaire, vivre revient à faire, plutôt qu'à commenter. - Chez Ronsard, vivre se pense sous la pression du temps qui passe. Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie. Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène , II, 43, 1578 Ronsard donne à la vie sa couleur la plus célèbre, celle de l'urgence. Le vers appartient à une poésie amoureuse, non à un traité moral, ce qui compte pour le sens. Il ne dit pas seulement « profiter », il relie la vie au temps, à la beauté qui passe, au conseil adressé à quelqu'un. Sur ce versant, la page des citations sur l'amour avec leurs sources prolonge utilement la lecture. ## La vie à l'épreuve de la mort Parler de la vie, c'est aussi rencontrer sa limite. Les moralistes et les philosophes reviennent sans cesse à cette évidence, non par goût du sombre, mais parce que la conscience de la fin change la valeur de chaque existence. Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales , maxime 26, 1665 La maxime est d'une sécheresse parfaite. Elle rapproche deux réalités qu'on ne soutient pas du regard. La vie apparaît alors en creux, comme ce qui demeure sous la menace de l'aveuglement ou de la disparition. Le numéro de maxime importe ici, parce qu'il permet de revenir au recueil exact, et non à un florilège approximatif. Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe , 1942 Camus ouvre son essai par une question limite. La vie vaut elle d'être vécue, et à quelles conditions ? Sortie de son contexte, la phrase paraît provocante. Dans le livre, elle sert au contraire de seuil, pour mesurer ce qu'une existence peut encore signifier dans un monde sans réponse dernière. Quand une formule sur la vie arrive sans titre ni date, elle relève souvent du rayon des attributions douteuses , où l'on distingue l'établi du recopié. Auteur Référence Angle Montaigne Essais , III, 13, 1588 Vivre comme art de mesure Rousseau Émile , livre I, 1762 Vivre comme action La Rochefoucauld Maxime 26, 1665 Vivre sous le signe de la fin Camus Le Mythe de Sisyphe , 1942 Vivre comme question philosophique ## Jouir de son être, écrire sa vie, tenter de vivre D'autres textes déplacent encore la perspective. Ils ne définissent pas la vie par l'action seule ni par la mort seule, mais par une qualité d'expérience. Il s'agit moins de survivre que de sentir, de goûter, d'élucider. C'est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être. Montaigne, Essais , III, 13, « De l'expérience », 1588 On retrouve le même chapitre de Montaigne, mais sous un autre éclairage. Vivre à propos, chez lui, ne signifie pas se crisper sur une règle. Cela veut dire aussi consentir à ce que l'on est, sans faux héroïsme, sans dédain du quotidien. Le mot important est peut être « loyalement ». La vie est une cerise, la mort est un noyau, l'amour un cerisier. Jules Renard, Journal , 18 novembre 1894 Jules Renard condense en une image ce que d'autres développent sur plusieurs pages. La date du Journal compte, parce qu'elle rappelle l'atelier d'écriture, le caractère noté, presque pris sur le vif, de la formule. Le dossier consacré à Jules Renard et à son Journal montre bien combien une entrée datée change la lecture d'un mot célèbre. La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. Marcel Proust, Le Temps retrouvé , 1927 Chez Proust, la vie n'est pas refusée au profit du livre. Elle devient intelligible par lui. La formule ne dit pas que le monde vécu ne compte pas, mais qu'il reste obscur tant qu'une oeuvre ne l'a pas ressaisi. C'est une définition exigeante, et très proustienne, de la vie intérieure. Le vent se lève!... il faut tenter de vivre! Paul Valéry, Le Cimetière marin , 1920 La phrase de Valéry est souvent citée seule, et elle tient en effet par son élan. Pourtant, dans le poème, elle surgit après une longue méditation sur l'immobilité, la mer, le corps, la pensée et la mort. « Tenter de vivre » ne signifie pas posséder la vie. Cela signifie risquer un mouvement, reprendre souffle, accepter l'incertain. Ce petit ensemble ne remplace pas le répertoire des recueils par sujet , mais il donne un principe de tri. Sur la vie, les citations solides sont rarement les plus tapageuses. Elles sont attachées à un livre, à une forme, parfois à une date précise. C'est ce lien qui les fait tenir, et qui permet encore de les relire sans les transformer en phrases anonymes. Revenir aux citations sourcées --- # Proverbes : ce qu'ils sont, d'où ils viennent URL : https://voscitations.org/proverbes/ VosCitations › Les proverbes ne sont pas des citations Les proverbes ne sont pas des citations Le proverbe circule sans auteur, avec des variantes et des usages, ce qui le distingue radicalement d'une citation, toujours liée à une source précise. Un proverbe n'est pas une citation. Il peut être ancien, juste, cruel, drôle ou banal, mais il n'a pas d'auteur repérable. C'est une formule de tradition, transmise et reprise jusqu'à devenir collective. La citation, au contraire, renvoie à un texte précis. On doit pouvoir nommer un auteur, une oeuvre, et si possible une subdivision ou une date. Sans cela, on a une phrase qui circule, pas une référence. Cette distinction évite beaucoup de confusions. Sur le recueil de citations avec source exacte , un proverbe ne vaut pas comme autorité d'auteur. Il vaut comme témoin d'un usage, d'une langue, d'une expérience devenue commune. ## Un proverbe appartient à l'usage, pas à un nom propre Un proverbe se reconnaît à plusieurs traits : il est bref, mémorisable, assez stable pour être reconnaissable, et assez souple pour changer légèrement selon les régions, les époques et les recueils. « Petit à petit, l'oiseau fait son nid » et « La nuit porte conseil » existent moins comme textes que comme formes d'usage. La conséquence est simple : le premier livre qui les recueille n'en devient pas l'auteur. Un dictionnaire de proverbes enregistre un état de la formule. Il ne la crée pas. Même chose quand un romancier, un moraliste ou un dramaturge fait parler un personnage par proverbe. C'est là que naissent les contresens. On lit une formule chez Molière, chez Balzac ou dans un journal du XIXe siècle, puis on conclut que la phrase est d'eux. En réalité, l'écrivain a souvent repris une expression déjà reçue, parfois pour s'y conformer, parfois pour la détourner. Premier texte, pas premier auteur Pour un proverbe, la plus ancienne attestation connue n'est pas automatiquement l'origine. Elle marque seulement le plus ancien état retrouvé dans les sources. L'auteur manque, parce que la formule vient d'un usage collectif. ## Ce qu'on peut établir à propos d'un proverbe Dire qu'un proverbe n'a pas d'auteur ne veut pas dire qu'on ne sait rien de lui. On peut souvent décrire son aire de circulation, sa langue, ses variantes, son ancienneté relative et le type de recueil où il apparaît. C'est un travail de lexique et d'histoire des usages, pas une attribution personnelle. On peut aussi distinguer plusieurs cas. Certains proverbes semblent vraiment anonymes et populaires. D'autres condensent un vers, un passage biblique, une fable, un trait juridique ou une formule scolaire, jusqu'à devenir proverbiaux. Dans ce second cas, il faut distinguer la source du texte initial et la vie postérieure du proverbe. Autrement dit, une phrase peut avoir une source identifiable à l'origine, puis entrer dans la langue commune. À partir de là, elle cesse souvent d'être citée comme phrase d'auteur et fonctionne comme un proverbe. Le passage de l'un à l'autre est réel, mais il ne rend pas toutes les occurrences équivalentes. ### Les mentions utiles - proverbe français , ou d'une autre tradition linguistique, quand l'usage est collectif et sans auteur. - forme attestée , quand une version ancienne est connue dans un recueil, un dictionnaire ou un texte. - variante , quand plusieurs formulations coexistent. - emploi proverbial , quand une phrase d'auteur est reprise ensuite comme formule commune. En revanche, dire simplement « citation de X » est trompeur si X n'a fait que recopier, traduire ou mettre en scène un dicton déjà courant. La précision minimale change tout. ### Les erreurs les plus fréquentes - Attribuer un proverbe au premier écrivain rencontré dans une recherche. - Confondre une attestation imprimée et une création. - Prendre pour source un site d'images, un agenda ou une anthologie sans référence. - Croire qu'une version anglaise, latine ou française a forcément le même point d'origine que les autres. ## Pourquoi l'attribution à un auteur est souvent un contresens Un auteur signe une pensée située dans une oeuvre. Un proverbe, lui, résume une sagesse d'usage, parfois contradictoire avec d'autres proverbes. « Tel père, tel fils » et « À père avare, fils prodigue » peuvent coexister sans système. La logique du proverbe est moins celle d'une doctrine que celle d'un emploi opportun. Attribuer un proverbe à un écrivain le fige à tort. La formule perd ses variantes, son contexte oral, son histoire collective. Elle gagne un prestige de bibliothèque, mais elle perd précisément ce qui la définissait, son anonymat traditionnel. Cela explique aussi pourquoi certains noms attirent les fausses attributions. On prête volontiers les proverbes, les sentences et les bons mots à Oscar Wilde, à Nietzsche ou à Confucius, parce que leur réputation semble convenir au ton de la formule. Quand la référence manque, il faut classer la phrase du côté des attributions douteuses et des sans-source , pas du côté des citations établies. Type de formule Auteur identifiable Référence précise Ce qu'on peut citer Proverbe Non, en principe Attestation possible, pas auteur La tradition, la variante, l'usage Citation Oui Oui, oeuvre et date Le texte d'un auteur Maxime Oui Oui, souvent numérotée Une formulation volontairement composée Phrase apocryphe Nom avancé sans preuve Non Seulement son statut douteux ## Le cas des formules devenues proverbiales Le cas le plus intéressant est celui des phrases qui ont une source, puis une seconde vie dans la langue. C'est ici qu'il faut être rigoureux. Si l'on cite le texte d'origine, on donne sa référence exacte. Si l'on parle de l'usage courant de la formule, on signale qu'elle est devenue proverbiale. La différence n'est pas scolaire, elle change le sens. Dans une oeuvre, une phrase est dite par un narrateur, un personnage, un orateur, à un moment donné. Dans l'usage proverbial, la même suite de mots peut servir de résumé pratique, détaché de la scène initiale. Beaucoup de contresens viennent de cet oubli. Pour les formules effectivement sourcées, le bon réflexe est de passer par les pages consacrées aux auteurs et à ce qu'on leur prête . On y vérifie si l'on a affaire à une maxime, à une phrase sortie de son contexte, ou à une pure invention postérieure. Inversement, si l'on cherche des phrases sûres par thème, mieux vaut consulter les recueils classés par sujet . Un dossier sur l'amour, la vérité ou l'histoire n'a pas à mêler des proverbes anonymes et des citations d'auteur comme s'ils relevaient du même régime. ## Comment présenter un proverbe sans le travestir La forme la plus honnête est sobre. On nomme la formule, on indique qu'il s'agit d'un proverbe, on précise la langue ou la tradition quand on la connaît, et l'on ajoute, si c'est utile, une attestation ancienne ou une variante. C'est déjà beaucoup. Exemple de présentation correcte : « proverbe français », « dicton provençal », « forme attestée dans des recueils du XIXe siècle », « variante moderne ». Exemple de présentation trompeuse : « citation de Victor Hugo » sans oeuvre, ou « proverbe de Molière » parce qu'un personnage le dit sur scène. Cette prudence est d'autant plus utile que les proverbes changent facilement en traversant les langues. Une traduction peut sembler fidèle et pourtant déplacer l'image, le rythme ou le sens. Le résultat est parfois un nouveau proverbe, pas la même formule dans une autre langue. Règle simple Si une phrase n'est accompagnée que d'un nom d'auteur, sans titre d'oeuvre ni lieu précis dans le texte, elle n'est pas sourcée. Pour un proverbe, l'absence d'auteur n'est pas un défaut, c'est sa nature même. ## Ce que cette distinction change pour lire et citer Elle évite d'abord les faux prestiges. Une idée n'est pas meilleure parce qu'on l'épingle sous un grand nom. Ensuite, elle permet de mieux lire les textes : quand un auteur emploie un proverbe, il s'inscrit dans une langue commune, ou il joue contre elle. Ce geste littéraire disparaît si l'on confond tout. Elle permet enfin de mieux classer. Un site de citations n'a pas à transformer les proverbes en phrases d'auteur. Il doit au contraire séparer les régimes de preuve : la source exacte pour la citation, l'usage collectif pour le proverbe, le signalement explicite pour l'apocryphe. À partir de là, la règle tient en peu de mots. Un proverbe se recueille, se compare, se date parfois, mais il ne s'attribue pas à la légère. Revenir aux citations sourcées --- # Recueils de citations par thème, avec leurs sources URL : https://voscitations.org/recueils/ VosCitations › Les recueils, par sujet Les recueils, par sujet Les recueils thématiques rassemblent des citations vérifiées par sujet, mais gardent l’essentiel : la source exacte, l’œuvre, la date et le contexte de chaque formule. Cette page remplace les anciennes recherches par liste brute ou par mot isolé. Elle oriente vers des recueils thématiques où chaque formule est reliée à un texte précis, et non à un simple nom d’auteur. Un sujet sert à retrouver un passage, pas à l’arracher à son sens. Une même phrase peut relever de l’amour, de la vérité ou de l’histoire selon l’usage qu’on en fait. Le classement aide à chercher. La référence seule permet de citer. Le principe du site, rappelé sur la page citations, sources et usages , reste inchangé dans ces recueils. Pas de phrase sans œuvre, pas d’œuvre sans date, pas d’attribution reprise par habitude. ## Comment fonctionnent les recueils par thème Chaque page de sujet réunit des citations attestées, avec leur source minimale utile : titre, date, acte, scène, chapitre, maxime ou fragment quand ces subdivisions existent. Ce travail conduit parfois à retenir peu de textes. C’est normal. Une page courte vaut mieux qu’un florilège gonflé d’approximations. Le classement thématique n’efface jamais le genre du texte. Une réplique de théâtre demeure une réplique. Un fragment de journal garde la date de son entrée. Une maxime n’a pas le même statut qu’un aphorisme repris plus tard dans un album de citations. Chercher par sujet ne dispense pas de lire ce que la phrase faisait dans son œuvre. Un bon réflexe Avant de copier une formule trouvée sous un thème, demander aussitôt : qui parle, où, et quand ? Si la réponse s’arrête au nom de l’auteur, la recherche n’est pas terminée. Les anciennes pages du domaine promettaient surtout de « rechercher une citation ». Cette promesse n’est tenue qu’à une condition, remonter jusqu’au texte. Un recueil par sujet est donc un point de départ, utile pour circonscrire un corpus, insuffisant si l’on ne vérifie pas la source exacte au moment de citer. - Partir d’une question précise. « L’amour chez les moralistes » est plus utile que « belle phrase sur l’amour ». - Regarder la référence interne. Un acte, une scène, un chapitre ou un numéro de maxime évitent les citations flottantes. - Lire l’avant et l’après. Deux lignes de contexte suffisent souvent à corriger un contresens. - Écarter les faux amis. Un proverbe, une devise publicitaire ou une phrase virale ne deviennent pas des citations parce qu’ils sont souvent recopiés. ## Les grands sujets couverts Les recueils sont organisés autour de quelques noyaux réguliers : amour, mariage, vie, homme, vérité, amitié, histoire. Certains thèmes sont abondants, parce que la tradition littéraire les a beaucoup nommés. D’autres demandent plus de tri, parce qu’ils attirent surtout des formules résumées, réécrites ou mal attribuées. Sujet Ce que l’on y rencontre le plus Point de vigilance Amour Poésie, roman, maximes, théâtre Ne pas confondre aveu lyrique et définition générale Mariage Comédie, moralistes, correspondances Beaucoup de mots d’esprit circulent sans source établie Vie Essais, journaux, pensée morale Le thème est large, il faut resserrer la recherche Homme Philosophie, apologétique, anthropologie morale La traduction peut déplacer le sens Vérité Théâtre, philosophie, critique de l’illusion Une phrase sincère n’est pas toujours une thèse sur le vrai Amitié Essais, lettres, maximes Le mot désigne parfois un lien social, pas une intimité Histoire Discours, essais, pensée politique Beaucoup de sentences fameuses sont des résumés tardifs Pour un corpus centré sur un sentiment, la page citations sur l’amour, avec leurs sources rassemble des textes où le mot n’efface pas la situation, aveu, plainte, définition ou ironie. Les formules sur la sincérité, l’erreur et l’illusion gagnent à être lues ensemble. La page citations sur la vérité, avec leurs sources permet de comparer moralistes, dramaturges et philosophes sans confondre leurs registres. Le cas de l’amitié est souvent mieux balisé que celui de l’amour, parce que les œuvres nomment plus volontiers le lien qu’elles décrivent. La page citations sur l’amitié, avec leurs sources montre bien cette précision des contextes. Quand une phrase circule sans texte établi, ou avec un auteur changeant selon les recueils, elle ne relève pas d’un thème fiable. Elle doit être rangée dans Anonyme, inconnu, apocryphe : le rayon des sans-source , pas dans un corpus scolaire. Les pages sur le mariage, la vie, l’homme et l’histoire obéissent à la même méthode. Elles n’alignent pas des sentences décoratives. Elles recensent des passages réellement localisables. Le lecteur y gagne deux choses, un texte qu’il peut vérifier, et un contexte qui limite les lectures automatiques. Chercher par sujet ne remplace d’ailleurs pas la recherche par auteur. Un même thème prend un sens très différent chez Pascal, chez Montaigne, chez Alain ou chez Camus. Les recueils thématiques servent à faire apparaître ces écarts, pas à les aplanir. ## Quelques exemples de citations vraiment repérables Un recueil par sujet vaut par la qualité de ses références. Trois exemples suffisent à montrer ce que l’on doit attendre d’une entrée thématique bien faite. Parce que c’était lui, parce que c’était moi. Montaigne, Essais , I, 28, 1580 Cette phrase est presque inséparable du thème de l’amitié. Elle n’est pourtant ni un slogan ni une définition abstraite. Elle appartient à un chapitre précis, « De l’amitié », et renvoie à une relation singulière, celle de Montaigne et de La Boétie. La citation garde sa force à condition de ne pas la transformer en formule générale sur toutes les affections humaines. Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur on ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. Molière, Le Misanthrope , acte I, scène 1, 1666 Classée sous la vérité ou la sincérité, cette réplique devient utile si l’on rappelle qu’elle ouvre une comédie et qu’elle est prononcée par Alceste. Elle ne livre pas une doctrine de Molière en une ligne. Elle installe une voix, un caractère, une tension dramatique. Citer la scène, et non le seul auteur, change aussitôt la lecture. L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. Blaise Pascal, Pensées , fragment 347, édition Brunschvicg, 200, édition Lafuma, 1670 Dans un recueil sur l’homme ou sur la condition humaine, cette citation n’est exploitable que si l’on indique sa place dans les Pensées , ouvrage posthume dont la numérotation varie selon les éditions. Donner les deux références usuelles évite une moitié des confusions. C’est exactement le type de précision qu’un bon recueil thématique doit conserver. ### Pour citer sans déformer Le bon usage scolaire est simple. On choisit d’abord le thème qui répond à la question posée. On relève ensuite une citation avec sa source complète. Enfin, on vérifie si le passage exprime une idée d’auteur, une parole de personnage, un trait de journal ou une maxime autonome. Ce dernier contrôle est décisif en dissertation comme en explication de texte. Un recueil par sujet n’a donc rien d’un réservoir de phrases prêtes à l’emploi. C’est un index raisonné. Il sert à retrouver des textes, à comparer des emplois, à mesurer des nuances, et parfois à constater qu’une formule fameuse ne tient sur rien. Sur ce point, la pauvreté apparente d’une page est souvent un signe de sérieux : ce qui manque n’a pas été trouvé avec une source assez sûre pour être cité. Revenir aux citations sourcées