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Citations, sources et usages

VosCitations Alain, le philosophe des Propos

Alain, le philosophe des Propos

Chez Alain, la formule brève vient presque toujours d'un Propos précis, et c'est cette origine, œuvre ou date, qui décide de sa valeur.

Émile Chartier, dit Alain, 1868 à 1951, n'a pas laissé un simple carnet de maximes. Il a publié des milliers de textes brefs, les Propos, d'abord dans la presse, puis dans des recueils thématiques. C'est la raison pour laquelle tant de phrases circulent sous son seul nom, comme si Alain était une fabrique de slogans philosophiques.

Le problème est là : pour Alain, le nom d'auteur ne suffit presque jamais. Il faut savoir si la formule vient d'un Propos daté, d'un recueil composé après coup, ou d'une anthologie scolaire qui a prélevé une seule phrase. La méthode du recueil raisonné des citations sourcées s'applique ici avec une vigilance particulière.

Le cas Alain rappelle celui du Journal de Jules Renard, autre œuvre morcelée par les florilèges. Chez l'un comme chez l'autre, la phrase isolée gagne en netteté ce qu'elle perd en contexte.

Pourquoi Alain est souvent mal cité

Les Propos ont une histoire éditoriale compliquée. Un même texte peut avoir une première vie dans un journal, puis une seconde dans un recueil organisé par thème, par exemple politique, bonheur, éducation ou religion. Celui qui cite Alain sans autre précision confond souvent ces niveaux.

Il faut ajouter un second effet, très moderne : la compression. Une phrase de plusieurs lignes devient une formule de sept mots. Un raisonnement ironique devient une vérité générale. Alain y perd ce qui fait sa voix, le mouvement du doute, l'objection, la reprise, parfois même la cible exacte.

Pour les autres écrivains ainsi réduits à quelques sentences, la rubrique les auteurs, et ce qu'on leur prête permet de comparer les erreurs les plus fréquentes. Alain y occupe une place à part, parce que son œuvre brève favorise naturellement le découpage.

Le bon réflexe

Devant une phrase attribuée à Alain, il faut demander plus qu'un nom. Quel recueil, quelle date, quel Propos, ou au moins quel volume thématique ? Sans ce minimum, on n'a qu'une formule flottante.

Ce que les recueils mélangent

  • le texte bref paru d'abord dans la presse,
  • le volume thématique qui le reprend,
  • la phrase détachée par un manuel ou une affiche,
  • la paraphrase moderne, plus frappante que fidèle.

Les regroupements thématiques d'Alain ressemblent aux découpages décrits dans les recueils, par sujet. Plus la chaîne de reprise est longue, plus la référence exacte s'efface.

Deux formules que l'on peut citer

Quelques phrases d'Alain sont suffisamment établies pour être citées sans précaution excessive, à condition de donner l'œuvre. Elles sont célèbres, justement parce qu'elles condensent une position entière.

Penser, c'est dire non.

Alain, Propos sur les pouvoirs, 1925

La phrase est brève, mais elle n'invite pas à la contradiction pour la contradiction. Chez Alain, penser commence par une résistance, celle de l'esprit qui n'accepte pas immédiatement l'opinion reçue, l'ordre établi ou l'évidence paresseuse. Hors de ce contexte, on en fait parfois un éloge de l'opposition systématique, ce qu'elle n'est pas.

Le pessimisme est d'humeur; l'optimisme est de volonté.

Alain, Propos sur le bonheur, 1928

C'est sans doute la formule d'Alain la plus souvent reprise. Elle vaut mieux que son usage décoratif. Alain n'oppose pas ici deux doctrines abstraites, mais deux attitudes concrètes. Le pessimisme relève d'une disposition subie, l'optimisme d'un effort. C'est une morale de l'exercice, non une injonction à sourire.

Ces deux exemples montrent ce qu'est une citation acceptable sur Alain : un texte bref, une œuvre identifiable, une date d'édition. Ce n'est pas encore l'idéal bibliographique, mais c'est déjà autre chose qu'une phrase accompagnée du seul nom du philosophe.

Formules prêtées à Alain, prudence nécessaire

D'autres phrases sont régulièrement données comme d'Alain, parfois depuis des décennies, mais sans référence stable ou avec des indications contradictoires selon les recueils. Dans ce cas, mieux vaut suspendre l'attribution que la répéter.

FormuleRéférence retenueStatut
Penser, c'est dire non.Alain, Propos sur les pouvoirs, 1925Citation établie
Le pessimisme est d'humeur; l'optimisme est de volonté.Alain, Propos sur le bonheur, 1928Citation établie
Le doute est le sel de l'esprit.Attribuée à Alain, sans référence précise retenue iciAttribution à vérifier
Rien n'est plus dangereux qu'une idée, quand on n'a qu'une idée.Attribuée à Alain, sans référence précise retenue iciAttribution à vérifier

Pour ces deux dernières formules, l'attribution à Alain est très répandue. Il est possible qu'elles aient bien une source dans son œuvre. Mais tant qu'une référence précise, vérifiable et concordante n'est pas retenue, elles doivent être traitées comme des attributions en suspens, non comme des citations acquises.

Quand la piste s'arrête à une image, à un diaporama ou à un recueil secondaire, la formule relève plutôt de la rubrique anonyme, inconnu, apocryphe. Cela vaut aussi pour Alain : la célébrité d'un nom n'améliore pas la qualité d'une source.

Avant de reprendre une phrase d'Alain

  1. Vérifier si la phrase apparaît dans un ouvrage d'Alain clairement identifié.
  2. Noter l'année du recueil, au minimum.
  3. Se demander si la formule n'est pas une coupe dans un développement plus long.
  4. Refuser les attributions qui changent de livre selon les sites ou les manuels.

Cette prudence a un effet utile : elle fait relire Alain autrement. On découvre moins un distributeur de bons mots qu'un moraliste du jugement, de l'attention et de l'action. La formule n'est jamais séparée d'un exercice de pensée.

Les citations d'Alain sur la vérité, la vie, l'homme ou le bonheur méritent donc un double contrôle, celui du texte et celui du contexte. C'est à ce prix seulement qu'une phrase d'Alain cesse d'être un mot d'affiche et redevient un Propos.

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