Emblème de VosCitations : deux guillemets typographiques VosCitations

Citations, sources et usages

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Rabelais, Pantagruel, chapitre VIII, 1532

Une citation ne vaut que par sa source

Recueil raisonné de citations de philosophie et de littérature, avec leur référence exacte, leur contexte, et la liste des formules que l’on prête chaque jour à des auteurs qui ne les ont jamais écrites.

Un livre ouvert sur un bureau de bois, une plume, un encrier et une pile d’ouvrages reliés éclairés par une lampe

Le principe

Trois lignes, un auteur, et presque jamais de référence

La citation circule plus vite que sa source. Elle passe d’un recueil à une image partagée, d’un diaporama à une copie de baccalauréat, en perdant à chaque étape le titre de l’œuvre, la date, et parfois l’auteur lui-même.

Ce site part d’un principe simple : une citation sans référence vérifiable n’est pas une citation, c’est une phrase. Chaque formule reproduite ici est accompagnée de son œuvre, de son chapitre ou de son acte quand il existe, et de sa date de publication. Quand une attribution est douteuse, elle est signalée comme telle plutôt que passée sous silence.

Le second principe tient au sens. Une phrase extraite d’un dialogue de théâtre ne dit pas ce que pense son auteur : elle dit ce que dit un personnage, à un moment donné, devant quelqu’un. La confusion entre les deux produit la moitié des contresens que l’on lit sur les citations les plus connues.

Le sottisier

Six formules que l’on attribue mal

Elles sont partout : sur les affiches de salle des professeurs, dans les discours, en tête de copies. Aucune ne se trouve sous la plume de celui à qui on la prête.

Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire.

Ce que l’on dit : Voltaire, sur la tolérance.

Ce qui est établi : la phrase est d’Evelyn Beatrice Hall, dans The Friends of Voltaire (1906), publié sous le pseudonyme S. G. Tallentyre. Elle la présentait comme un résumé de l’attitude de Voltaire, pas comme une citation. Elle est devenue citation par recopiage.

Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde.

Ce que l’on dit : Gandhi.

Ce qui est établi : aucune trace dans ses écrits ni dans ses discours recensés. La formule est une condensation tardive d’un propos beaucoup plus long et beaucoup moins slogan, où il parlait de la façon dont le monde reflète nos propres tendances.

Qu’ils mangent de la brioche.

Ce que l’on dit : Marie-Antoinette, devant le peuple affamé.

Ce qui est établi : Rousseau rapporte le mot d’« une grande princesse » dans les Confessions, pour des faits qu’il situe avant l’arrivée de Marie-Antoinette en France, alors qu’elle était encore une enfant à Vienne. L’attribution est une construction postérieure.

Élémentaire, mon cher Watson.

Ce que l’on dit : Sherlock Holmes, chez Conan Doyle.

Ce qui est établi : la phrase n’apparaît sous cette forme dans aucune des nouvelles ni aucun des romans du canon. Elle vient des adaptations, au théâtre puis au cinéma, et a été rétroprojetée sur les livres.

La fin justifie les moyens.

Ce que l’on dit : Machiavel, Le Prince.

Ce qui est établi : la formule ne figure pas telle quelle dans l’ouvrage. Elle résume, en la durcissant, un raisonnement sur le jugement porté après coup sur l’action du prince. Le raccourci a fabriqué le machiavélisme bien plus que Machiavel.

L’enfer, c’est les autres.

Ce que l’on dit : Sartre, misanthrope.

Ce qui est établi : la phrase est bien de Sartre, dans Huis clos (1944), mais elle est dite par un personnage enfermé. Sartre lui-même a expliqué qu’elle visait le rapport à soi lorsqu’on se juge exclusivement par le regard d’autrui, et non les autres en général. Citation exacte, sens habituellement inversé.

Le réflexe qui évite la moitié des erreurs

Avant de reprendre une formule, se demander où elle est censée avoir été écrite ou dite. Si la réponse ne dépasse pas un nom d’auteur, la citation n’est pas sourcée. Un nom n’est pas une référence.

La méthode

Vérifier une citation en cinq gestes

  1. Remonter à l’œuvre, pas au recueil

    Un florilège cite un autre florilège, qui cite une affiche. La chaîne ne s’arrête qu’au texte publié : un titre, une partie, un chapitre, un acte, une scène, une date d’édition.

  2. Chercher la phrase entre guillemets

    Dans les corpus numérisés, une recherche exacte sur une portion caractéristique donne très vite le résultat. L’absence totale d’occurrence avant une certaine décennie est déjà une réponse.

  3. Tester l’anachronisme

    Un mot, un concept ou un objet postérieur à l’auteur suffit à disqualifier la formule. Beaucoup de citations antiques échouent sur ce seul critère.

  4. Vérifier la traduction

    Pour un texte étranger, comparer deux traductions françaises. Une formule qui n’existe que dans une seule version est souvent un effet de traducteur, pas une intention d’auteur.

  5. Rendre le contexte

    Lire les lignes qui précèdent et qui suivent. Qui parle, à qui, contre quoi. C’est ce geste, et non les quatre autres, qui change la valeur de la citation dans un devoir.

Schéma reliant une feuille manuscrite à une fiche de citation et à une loupe par des flèches dorées
De la phrase entendue au texte publié, la vérification tient en une chaîne de renvois.

L’usage scolaire

La citation n’est pas un argument

C’est l’erreur la plus fréquente dans les copies : poser une phrase d’auteur et considérer que la démonstration est faite. Une citation ne prouve rien, elle donne à analyser.

En accroche. Une citation d’introduction n’a d’intérêt que si elle contient le problème du sujet. Choisie pour son prestige plutôt que pour sa pertinence, elle se voit immédiatement, et elle coûte plus qu’elle ne rapporte.

Dans le développement. La citation vient après l’idée, jamais à sa place. Elle est ensuite travaillée mot à mot : c’est le commentaire des termes choisis par l’auteur, et non la présence de la phrase, qui fait la valeur du paragraphe.

Dans la mise en forme. Guillemets français, texte exact, coupes signalées par des crochets, référence complète en note ou entre parenthèses. Une citation modifiée sans le dire est une faute, même quand la modification paraît anodine.

Les quatre vérifications avant de rendre

  • La citation est-elle exacte, mot pour mot ?
  • L’auteur, l’œuvre et la date sont-ils indiqués ?
  • Le passage cité dit-il vraiment ce que je lui fais dire dans le contexte de l’œuvre ?
  • Ai-je analysé au moins un mot de la citation, ou l’ai-je seulement recopiée ?

Le cadre

Ce que la loi française appelle une courte citation

Le Code de la propriété intellectuelle autorise, par exception au monopole de l’auteur, les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre dans laquelle elles sont incorporées. Deux conditions accompagnent cette exception : le nom de l’auteur et la source doivent être clairement indiqués, et la citation doit rester brève au regard de l’œuvre citée comme de l’œuvre citante.

Trois conséquences pratiques. Reproduire un poème entier n’est pas une citation, quelle que soit la longueur du poème. Une citation qui se substitue à la lecture de l’œuvre sort de l’exception. Et l’absence de mention de la source suffit à faire tomber la protection, même quand la citation est brève.

Les œuvres tombées dans le domaine public échappent au droit patrimonial, mais pas au droit moral : le nom de l’auteur et l’intégrité du texte restent dus. C’est la raison pour laquelle les citations reproduites sur ce site portent toutes leur référence, y compris lorsque l’auteur est mort depuis quatre siècles.

Salle de classe vide vue du fond, rangées de pupitres en bois, grand tableau noir et fenêtres hautes
La citation affichée en classe est un texte comme un autre : elle se discute.

En classe

Faire travailler une citation avec des élèves

Une citation mal sourcée affichée au mur d’une salle enseigne exactement le contraire de ce que l’on cherche à transmettre. À l’inverse, une formule douteuse devient un excellent support d’enquête : les élèves cherchent l’origine, découvrent qu’elle n’existe pas, et retiennent la méthode bien mieux qu’avec un cours sur les sources.

Trois exercices fonctionnent à tous les niveaux du secondaire. Faire comparer deux traductions d’une même phrase et expliquer l’écart. Donner une citation et son contexte séparément, puis demander ce que le contexte change. Confier une formule célèbre à vérifier, avec obligation de rendre la référence exacte ou la mention « introuvable ».

Ce travail rejoint celui des équipes qui documentent la vie des établissements : Label Écoles Équitable raconte le quotidien des écoles et de leurs projets pédagogiques, et l’on y retrouve la même exigence de sources vérifiables appliquée à des sujets bien différents des nôtres.

Les questions

Ce que l’on nous demande

Comment citer une citation trouvée dans un autre livre ?

En indiquant les deux références : la citation d’origine, puis la mention « cité par » suivie de l’ouvrage dans lequel on l’a lue. C’est la seule façon honnête de dire que l’on n’a pas consulté la source première, et cela protège en cas d’erreur de l’intermédiaire.

Peut-on modifier une citation pour l’intégrer à sa phrase ?

Oui, à condition de signaler toute intervention : crochets pour un ajout ou un changement de conjugaison, points de suspension entre crochets pour une coupe. Ce qui est interdit, c’est de modifier sans le dire, y compris pour corriger ce que l’on croit être une faute de l’auteur.

Une citation apocryphe peut-elle être utilisée ?

Oui, si elle est présentée comme telle et que l’on en fait le sujet. « La formule que l’on prête à Voltaire » est une entrée en matière parfaitement recevable ; « Voltaire disait » sur la même formule est une erreur factuelle.

Où trouver la référence exacte d’un texte ancien ?

Dans les bibliothèques numériques patrimoniales et les éditions savantes, qui donnent la pagination et l’établissement du texte. Les recueils de citations en ligne sont un point de départ, jamais une preuve : ils recopient très largement les erreurs les uns des autres.

Faut-il traduire une citation en langue étrangère ?

L’usage académique français demande la traduction, avec le texte original en note quand la formulation compte. Pour les langues anciennes, la traduction retenue doit être identifiée : elle engage l’interprétation autant que le commentaire.

Combien de citations dans une dissertation ?

Il n’existe pas de nombre attendu. Une copie construite autour de deux citations analysées en profondeur vaut mieux qu’une copie qui en aligne quinze sans en commenter aucune. La citation est un outil de démonstration, pas une preuve de lecture.

Le site

Qui tient ce recueil

VosCitations réunit des citations de philosophie et de littérature avec leur référence exacte, et documente les attributions fautives les plus répandues en français.

Emblème de VosCitations
Antoine Rivière

Professeur de lettres, il tient ce recueil depuis sa salle de classe et vérifie chaque référence sur l’édition citée avant publication. Les fiches d’attribution douteuse indiquent toujours ce qui est établi et ce qui reste incertain.

Rangée de bustes classiques stylisés alternant avec des livres debout sur une étagère
Les auteurs les plus cités sont aussi les plus mal cités.

Une erreur, une référence incomplète, une attribution à corriger : les signalements documentés sont les bienvenus et les corrections apportées sont datées.

Les dossiers

Les recueils et les auteurs

Les citations sont classées par thème et par auteur. Chaque page donne les références exactes et signale ce qui circule sans source établie.

Les recueils par thème

Les auteurs

Méthode et cadrage