Citations sur la vérité, avec leurs sources
De Descartes à Péguy, quelques formules sûres sur la vérité, le mensonge et l'erreur, rendues à leur œuvre, à leur contexte et à leur portée exacte.
Les citations sur la vérité ont un défaut régulier : elles servent souvent de verdict, alors qu'elles naissent dans des contextes beaucoup plus précis, un traité de méthode, une pièce, un essai moral, une satire. Sur ce sujet plus qu'ailleurs, la formule isolée trompe vite. Dire vrai, chercher le vrai, confondre le vrai avec le plausible, mentir par intérêt, calomnier par calcul, ce ne sont pas les mêmes gestes.
Le principe rappelé sur le recueil sourcé de citations et de fausses attributions vaut ici sans réserve : un nom d'auteur ne suffit pas. Il faut une œuvre, et, dès que possible, une partie, un chapitre, un acte, une scène. C'est le seul moyen de ne pas transformer une phrase en slogan.
Une phrase sur la vérité paraît toujours immédiatement juste. C'est justement pour cela qu'il faut la replacer dans son texte. Sans ce retour à l'œuvre, on cite souvent moins une pensée qu'un souvenir de lecture.
Chercher le vrai, ce n'est pas répéter une formule
Chez Descartes, la vérité n'est pas d'abord un thème moral. C'est une règle de méthode. La phrase la plus utile n'encourage ni la méfiance systématique ni la pose sceptique, elle impose un critère de clarté avant l'assentiment.
Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle.
René Descartes, Discours de la méthode, deuxième partie, 1637
La formule est souvent citée comme un mot d'ordre du doute. Elle dit plus exactement autre chose : suspendre son jugement tant que l'évidence manque. La vérité n'est pas une opinion forte, c'est une proposition examinée.
Fontenelle, un demi-siècle plus tard, vise le même défaut par une autre voie. Il se moque moins de l'erreur elle-même que de notre empressement à l'expliquer avant de l'avoir vérifiée.
Assurons-nous bien du fait avant que de nous inquiéter de la cause.
Bernard Le Bovier de Fontenelle, Histoire des oracles, chapitre IV, 1687
Cette phrase mérite d'être relue telle quelle. Elle n'oppose pas la science à l'opinion en général. Elle rappelle une hiérarchie simple : établir d'abord ce qui est, chercher ensuite pourquoi c'est. Beaucoup de citations sur la vérité oublient ce premier temps.
Chez Péguy, enfin, la vérité relève moins d'une méthode que d'une discipline du regard. La difficulté n'est pas seulement de parler vrai, elle est de voir juste.
Il faut toujours dire ce que l'on voit, surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit.
Charles Péguy, Notre jeunesse, 1910
La seconde moitié de la phrase est la plus importante. On ment parfois. Mais on se trompe aussi de bonne foi, faute d'avoir regardé assez longtemps, ou faute d'avoir regardé sans intérêt personnel. Sur la vérité, l'erreur précède souvent le mensonge.
Le mensonge, la sincérité, la calomnie
Montaigne ouvre son chapitre « Des menteurs » par une condamnation nette. Ce n'est pas une pose de moraliste abstrait. L'essai part d'une expérience très concrète, la faiblesse de la mémoire et les accommodements qu'elle favorise.
Le mentir est certes un maudit vice.
Michel de Montaigne, Essais, livre I, chapitre 9, « Des menteurs », 1580
La brièveté frappe, mais le contexte compte. Montaigne ne traite pas seulement du mensonge délibéré. Il montre aussi combien une parole infidèle brouille les rapports humains. Le lien social tient à la confiance accordée à ce qui se dit.
Rousseau donne, lui, une définition plus précise, presque juridique. On ne ment pas dès qu'on dit une chose fausse. On ment lorsqu'on dissimule une vérité due.
Mentir, c'est cacher une vérité qu'on doit manifester.
Jean Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation, livre IV, 1762
La nuance est importante. La vérité n'est pas, chez Rousseau, une obligation de tout dire à tout instant. Elle engage une responsabilité envers autrui. C'est pourquoi la maxime moderne « toute vérité n'est pas bonne à dire » ne peut pas être traitée comme une citation d'auteur : c'est d'abord une formule proverbiale, à rapprocher du dossier sur les proverbes, qui ne sont pas des citations.
Molière donne à la sincérité l'un de ses vers les plus souvent repris. Mais il faut se souvenir que cette exigence sort de la bouche d'Alceste, personnage admirable par endroits, excessif à d'autres.
Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur, on ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Molière, Le Misanthrope, acte I, scène 1, 1666
Le vers n'exprime donc pas une doctrine de Molière déposée à l'état pur. Il lance le débat de la pièce. Jusqu'où peut-on exiger la vérité dans la vie sociale, sans détruire la civilité elle-même ? Une citation exacte n'interdit pas le contresens, elle le réduit seulement.
Beaumarchais, de son côté, ne loue pas la calomnie. Il en montre le mécanisme dans la bouche de Basile, maître en nuisance. La formule a tant circulé qu'on oublie souvent qu'elle appartient à une scène comique et cynique.
Calomniez, calomniez, il en reste toujours quelque chose.
Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, Le Barbier de Séville, acte II, scène 8, 1775
Cette ligne résume un fait social durable : le faux laisse une trace même après rectification. Sur la vérité publique, c'est peut-être l'une des phrases les plus justes du théâtre français, à condition de ne pas la détacher du personnage qui la profère.
Deux confusions à éviter
La première consiste à prendre pour citation une formule collective. « Toute vérité n'est pas bonne à dire » relève de cet ordre. On la commente, on la discute, mais on ne l'attribue pas à la légère.
La seconde consiste à reprendre des mots très connus sans texte d'origine établi. Le sujet de la vérité en produit beaucoup. Quand l'attribution flotte, mieux vaut les ranger du côté des attributions douteuses et des formules sans source assurée, plutôt que de leur fabriquer une autorité.
- Vérifier d'abord si la phrase vient d'une œuvre précise.
- Distinguer la parole d'un auteur et celle d'un personnage.
- Ne pas confondre résumé fidèle et citation littérale.
- Se méfier des maximes trop parfaites pour n'avoir qu'une seule source.
Le vrai n'est pas toujours le vraisemblable
Le mot de Boileau appartient à la poétique, non à la théorie générale de la connaissance. C'est justement ce qui le rend utile. Il rappelle que la vérité d'une chose et l'impression de crédibilité qu'elle produit ne coïncident pas toujours.
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
Nicolas Boileau, L'Art poétique, chant III, vers 48, 1674
On cite souvent cette ligne pour parler de politique, d'histoire ou de justice. L'extension est légitime, si l'on garde en tête son point de départ littéraire. Le réel déroute parfois davantage que la fiction bien construite. D'où tant d'erreurs de lecture, et tant de refus de croire ce qui s'est pourtant produit.
| Texte | Ce qu'il vise | Référence |
|---|---|---|
| « ne recevoir jamais aucune chose pour vraie » | La méthode du jugement | Descartes, Discours de la méthode, deuxième partie, 1637 |
| « Assurons-nous bien du fait » | La vérification avant l'explication | Fontenelle, Histoire des oracles, chapitre IV, 1687 |
| « Le mentir est certes un maudit vice » | La faute morale et sociale du mensonge | Montaigne, Essais, I, 9, 1580 |
| « Calomniez, calomniez » | La persistance du faux | Beaumarchais, Le Barbier de Séville, II, 8, 1775 |
| « Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable » | L'écart entre réalité et plausibilité | Boileau, L'Art poétique, III, 48, 1674 |
Ces quelques références ne ferment pas le sujet. Elles montrent seulement une règle utile : les meilleures citations sur la vérité sont rarement les plus vagues. Elles ont une adresse précise, et leur sens devient plus net quand on revient à cette adresse.
Pour élargir la recherche à d'autres thèmes, le passage par les recueils classés par sujet permet de comparer les emplois d'une même idée d'un auteur à l'autre.
Et quand un mot d'esprit paraît trop net pour être honnête, le plus sûr reste encore de remonter au texte, puis à l'auteur, avant de le répéter.
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