Citations sur l’histoire, avec leurs sources
L’histoire sert à établir des faits, à donner du sens, et parfois à fabriquer des légendes, voici des citations attestées, puis deux attributions sans source établie.
Le mot histoire désigne à la fois une discipline, un récit, une mémoire collective et parfois un destin. C’est aussi un terrain où les formules se déforment vite. Le principe rappelé sur la page qui pose la méthode du site vaut ici plus qu’ailleurs : un nom d’auteur ne remplace pas une référence.
Sur ce sujet, l’erreur la plus fréquente consiste à citer une maxime sur l’histoire sans savoir si elle vient d’un historien, d’un philosophe, d’un personnage, d’un manuel scolaire ou d’une reformulation tardive. L’autre erreur consiste à prendre une phrase générale pour un programme d’historien. Or l’histoire comme savoir ne parle pas tout à fait comme l’histoire comme expérience humaine.
Une formule sur l’histoire n’est vérifiable que si l’on peut remonter à son texte. Le titre de l’œuvre, la date, et, quand elle est sûre, la subdivision, évitent de transformer une idée en slogan flottant.
L’histoire comme discipline
Quelques formules servent de repères parce qu’elles disent ce qu’attend le lecteur d’un travail historique : des traces, une enquête, un rapport critique au vrai, et un effort pour relier le passé au présent.
L’histoire se fait avec des documents.
Charles Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, 1898
La phrase est souvent isolée, mais elle garde sa force. Elle rappelle que l’historien ne part pas d’une opinion, ni d’une morale, ni d’une belle formule. Il part de traces. Le mot document doit d’ailleurs être entendu largement : textes, inscriptions, archives, objets, images, registres, témoignages contrôlés.
L’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé.
Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, introduction, 1949
Marc Bloch ajoute aussitôt qu’il est tout aussi vain de prétendre comprendre le passé sans rien savoir du présent. La formule n’invite donc pas au culte des origines. Elle pose un va et vient. Lire le passé, c’est aussi mieux voir ce qui, dans le présent, paraît aller de soi. Sur ce point, la question touche directement celle des citations sur la vérité, parce que l’histoire travaille toujours entre preuve, interprétation et vérification.
Une vieille définition, et sa méfiance moderne
La tradition humaniste a donné de l’histoire une définition très haute. La modernité, elle, a rappelé ses dangers. Les deux gestes sont utiles, à condition de ne pas les confondre.
Historia vero testis temporum, lux veritatis, vita memoriae, magistra vitae, nuntia vetustatis.
Cicéron, De oratore, livre II, 9, 36, 55 av. J. C.
On traduit ordinairement : l’histoire est le témoin des temps, la lumière de la vérité, la vie de la mémoire, la maîtresse de la vie, la messagère de l’antiquité. La formule a nourri des siècles d’enseignement. Elle donne à l’histoire une fonction civique et morale, presque éducative.
L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré.
Paul Valéry, Regards sur le monde actuel, « De l’histoire », 1931
Valéry prend le contre pied de la formule antique. Il ne nie pas l’intérêt du passé, il montre qu’un usage passionnel de l’histoire peut justifier des haines, des revanches et des fictions nationales. Entre Cicéron et Valéry, il n’y a pas contradiction simple. Il y a un avertissement : l’histoire instruit, mais elle peut aussi enivrer.
| Auteur | Œuvre | Date | Point décisif |
|---|---|---|---|
| Langlois et Seignobos | Introduction aux études historiques | 1898 | Le document comme point de départ |
| Marc Bloch | Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien | 1949 | Le lien entre passé et présent |
| Cicéron | De oratore | 55 av. J. C. | La fonction civique de l’histoire |
| Paul Valéry | Regards sur le monde actuel | 1931 | Le danger des usages idéologiques |
L’histoire comme mémoire, oubli et contingence
L’histoire ne se réduit pas à la méthode. Elle est aussi ce par quoi une société se raconte, sélectionne ses souvenirs, et parfois reconstruit son passé. Certaines citations éclairent cette seconde dimension.
Le nez de Cléopâtre : s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.
Blaise Pascal, Pensées, fragment 162, édition Lafuma, 1670
La phrase ne définit pas l’histoire comme discipline. Elle rappelle autre chose : la fragilité des causes, la place du hasard, l’enchaînement imprévisible des effets. On la cite souvent pour les hasards historiques. C’est légitime, à condition de ne pas oublier qu’elle appartient à une réflexion plus large sur la vanité humaine et les disproportions du monde. Pour Pascal, le numéro du fragment n’est jamais indifférent, d’où l’utilité de la page consacrée à Pascal et à la numérotation des Pensées.
L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation.
Ernest Renan, Qu’est ce qu’une nation ?, conférence du 11 mars 1882
Chez Renan, la phrase est célèbre parce qu’elle dérange. Elle dit qu’une communauté politique ne se forme pas seulement par la mémoire, mais aussi par une sélection du passé, parfois par son lissage. Il ne faut pas la lire comme une autorisation au mensonge. Elle décrit un mécanisme de formation nationale, avec sa part de simplification et d’amnésie.
Pascal et Renan ont un point commun : ils vaccinent contre l’idée d’un passé transparent. L’histoire réelle n’est ni une mécanique pure ni un grand récit parfaitement cohérent. Elle est faite de causes entremêlées, d’accidents, de silences, et de reconstructions postérieures.
Deux formules qui circulent sans source établie
Le thème de l’histoire attire les phrases définitives. Deux d’entre elles reviennent partout, souvent sous des noms prestigieux. Dans l’état actuel des références établies, il faut les traiter comme des attributions douteuses.
- « L’histoire est écrite par les vainqueurs. » La formule est souvent attribuée à Winston Churchill. Aucune référence établie ne permet de la situer avec certitude dans ses discours ou ses livres. Elle résume une idée répandue, mais elle n’est pas, en l’état, une citation sourcée de Churchill.
- « L’histoire ne se répète pas, elle bégaye. » La formule est souvent attribuée à Karl Marx. Aucune référence établie ne la donne sous cette forme chez lui. Elle semble fonctionner comme une condensation tardive d’un passage sur la répétition des événements historiques, sans en reprendre les mots.
Ces deux cas relèvent moins du florilège que du dossier des phrases sans texte. Elles ont leur place dans le rayon des attributions flottantes, à consulter sur les attributions douteuses et les formules sans source.
Deux prudences utiles
- Quand une formule sur l’histoire tient en une phrase parfaite, vérifier d’abord si elle vient bien d’une œuvre identifiable. Plus la phrase paraît scolaire, plus le risque de reformulation tardive est grand.
- Quand la citation est authentique, lire son cadre. Une conférence sur la nation, un traité de rhétorique, un fragment des Pensées ou un essai sur le métier d’historien n’emploient pas le mot histoire dans le même sens.
- Enfin, distinguer la citation du proverbe. Beaucoup de sentences générales sur le passé n’ont pas d’auteur identifiable. Elles relèvent du fonds commun, non du texte signé, ce que rappelle la page sur les proverbes qui ne sont pas des citations.
Pour un recueil sur l’histoire, le minimum n’est donc pas une belle phrase, mais une référence sûre. Avec elle, la citation redevient ce qu’elle doit être : un passage situé, daté, interprétable. Sans elle, l’histoire cesse d’être un savoir du passé et devient, très vite, une histoire de plus.
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