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VosCitations Pascal, les Pensées et leur numérotation

Pascal, les Pensées et leur numérotation

Chez Pascal, un numéro de fragment ne suffit pas : citer les Pensées impose de nommer l’édition suivie, faute de quoi la référence devient équivoque.

Quand une formule de Pascal est suivie d’un simple numéro, la moitié de la référence manque. « Pensées, 277 » peut paraître précis, cela ne l’est pas. Pour Pascal, le numéro n’a de sens qu’avec le nom de l’édition.

Le cas est différent de recueils à numérotation plus stable, comme les Maximes de La Rochefoucauld, où le lecteur sait en général de quelle série il s’agit. Les Pensées, elles, sont un ensemble posthume de fragments, transmis, classés et renumérotés par des éditeurs successifs.

Le point de départ reste celui rappelé par le principe du recueil raisonné des citations : un nom d’auteur ne suffit pas, et un numéro nu ne vaut pas beaucoup mieux. Pour Pascal, la bonne habitude consiste à écrire, par exemple, « fr. 277, éd. Brunschvicg » ou « fr. 423, éd. Lafuma ».

Pourquoi les Pensées ont plusieurs numéros

Blaise Pascal meurt en 1662 en laissant des papiers destinés à une grande apologie de la religion chrétienne, restée inachevée. Ces feuillets ne forment pas un livre mis au point par l’auteur. Ils ont été retrouvés, copiés, regroupés, puis publiés après sa mort.

La première édition imprimée, Pensées de M. Pascal sur la religion, et sur quelques autres sujets, paraît en 1670. Elle ne reproduit pas simplement un manuscrit brut. Les textes y sont arrangés, parfois lissés, parfois coupés, selon un ordre éditorial propre à Port Royal.

Les éditions modernes ont donc travaillé à partir d’un dossier complexe. Certaines ont cherché un ordre philosophique, d’autres ont voulu se rapprocher des liasses manuscrites et des copies anciennes. Chaque choix a produit sa propre numérotation. C’est la raison pour laquelle une même phrase peut porter trois références différentes.

Réflexe utile

Si une citation de Pascal est suivie d’un simple nombre, demandez aussitôt : selon quelle édition ? Sans cette précision, le numéro n’identifie pas sûrement le fragment.

ÉditionAnnéeSigle courantPrincipe général
Brunschvicg1897BClassement thématique et philosophique des fragments
Lafuma1951LRetour aux copies et aux liasses, ordre plus proche du dossier manuscrit
Sellier1976SÉdition critique fondée sur la logique des liasses, avec numérotation propre

Brunschvicg, Lafuma, Sellier, ce qui change vraiment

Brunschvicg

L’édition Brunschvicg a longtemps dominé les usages scolaires et les dictionnaires de citations. On rencontre encore très souvent ses numéros dans les manuels anciens, les anthologies du XXe siècle et une grande partie des citations recopiées en ligne. Quand une référence ancienne indique seulement « Pascal, Pensées, 277 », il est possible qu’elle renvoie à Brunschvicg, mais il ne faut jamais le supposer sans vérification.

L’avantage de Brunschvicg est sa diffusion historique. Son inconvénient, pour le lecteur d’aujourd’hui, est de faire passer pour ordre de l’œuvre un arrangement éditorial. Ce n’est pas l’ordre des papiers de Pascal, mais une construction savante postérieure.

Lafuma et Sellier

Lafuma, puis Sellier, déplacent la lecture. Le fragment n’est plus d’abord rangé dans un parcours thématique reconstruit, il est replacé au plus près du dossier manuscrit et des liasses. Les citations universitaires et les éditions critiques utilisent donc souvent L ou S, parfois avec la mention du titre de la liasse quand il est identifié.

La conséquence est simple : le même texte change de numéro. Une référence exacte doit donc toujours annoncer son système. Sans cela, le lecteur ne sait pas quel fragment ouvrir, surtout s’il travaille sur une autre édition.

Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point.

Blaise Pascal, Pensées, fr. 423, éd. Lafuma, 1951

Cette formule est souvent citée comme un mot d’humeur contre la raison. Dans son contexte, elle appartient à une réflexion sur les premiers principes et sur les modes de connaissance. Le même passage se lit sous un autre numéro dans l’édition Brunschvicg, et sous un autre encore dans l’édition Sellier. C’est précisément le type de cas qui impose de nommer l’édition.

Comment citer Pascal correctement

La bonne référence n’a rien de compliqué. Elle doit seulement être complète. Pour les Pensées, la forme minimale est : auteur, titre, numéro de fragment, nom de l’éditeur ou sigle d’édition. Si l’on veut être encore plus clair, on ajoute l’année de l’édition utilisée.

  • Forme brève suffisante : Blaise Pascal, Pensées, fr. 277, éd. Brunschvicg.
  • Forme brève suffisante : Blaise Pascal, Pensées, fr. 423, éd. Lafuma.
  • Forme développée : Blaise Pascal, Pensées, fr. 423, éd. Louis Lafuma, 1951.
  • En concordance : Blaise Pascal, Pensées, fr. 277, éd. Brunschvicg, correspondant au fr. 423, éd. Lafuma.

En dissertation, en cours ou dans une note de lecture, cette précision évite deux erreurs à la fois. Elle permet au correcteur de retrouver le texte, et elle empêche de confondre deux systèmes de numérotation incompatibles. Sur la page des citations sur la vérité, on voit bien combien une formule de Pascal peut changer de portée dès qu’elle perd son contexte exact.

Si vous citez la vieille édition de 1670, il faut le dire explicitement et renoncer aux numéros B, L ou S, qui appartiennent à des éditions modernes. On ne mélange pas les systèmes. Une référence hybride, du type « Pascal, Pensées, chapitre X, fragment 423 », est presque toujours fautive.

Les erreurs les plus courantes

La première erreur consiste à croire qu’un chiffre suffit. Ce n’est vrai ni pour Pascal, ni pour beaucoup d’auteurs transmis par fragments, journaux, notes ou recueils recomposés. Un numéro isolé donne une illusion de précision, pas une référence vérifiable.

La deuxième erreur consiste à citer « les Pensées » comme s’il s’agissait d’un livre composé une fois pour toutes, avec des chapitres stables. Le titre est stable, non l’architecture interne. Selon les éditions, l’ordre change, les rapprochements changent, la lecture d’ensemble change.

La troisième erreur, très fréquente en ligne, est de prêter à Pascal des formules dont on ne donne ni œuvre ni édition. Tant qu’aucune référence établie n’est fournie, ces phrases relèvent d’abord du rayon des attributions douteuses, pas de la citation vérifiée.

La solution tient en une règle simple. Pour Pascal, ne jamais écrire seulement « Pensées, n°... ». Il faut toujours ajouter le nom de l’édition suivie. À cette condition, les citations de Pascal redeviennent ce qu’elles doivent être, des textes retrouvables, et non des phrases flottantes détachées de leur source.

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