Citations sur l’homme, avec leurs sources
De Montaigne à Rousseau, quelques formules solides pour penser l’être humain, ses limites, sa liberté, ses illusions et sa place parmi les autres.
Le mot homme est vaste, et souvent piégeux. Dans les textes classiques, il désigne très souvent l’être humain en général, non le seul individu masculin. C’est une première précaution de lecture. La seconde est plus simple encore : sur un sujet aussi large, mieux vaut peu de phrases, mais avec leur œuvre et leur place exacte dans l’œuvre.
Selon les siècles, « homme » peut nommer l’humanité entière, l’individu singulier, ou l’être social et politique. Une même formule change donc de portée selon son contexte.
Le principe rappelé sur le recueil raisonné de citations sourcées vaut particulièrement ici. Plus le thème est général, plus les phrases sans référence prolifèrent. Depuis le sommaire des recueils par sujet, celle ci voisine naturellement avec les pages consacrées à la vie, à la vérité ou à l’histoire, parce qu’elles rencontrent la même question : qu’est ce qu’un être humain, et que peut on dire de lui sans l’aplatir en slogan.
On peut ordonner ces citations selon trois lignes simples :
- l’homme comme condition, fragile et finie,
- l’homme comme sujet pensant,
- l’homme comme être parmi les autres, dans la cité et dans le langage.
| Auteur | Formule | Référence |
|---|---|---|
| Montaigne | Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. | Essais, III, 2, 1588 |
| Pascal | L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. | Pensées, Laf. 200, Br. 347, 1670 |
| Rousseau | L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. | Du contrat social, I, 1, 1762 |
| Descartes | je pense, donc je suis | Discours de la méthode, quatrième partie, 1637 |
| Rabelais | rire est le propre de l’homme | Gargantua, « Aux lecteurs », 1534 |
L’humaine condition, entre singularité et fragilité
La formule la plus nette, pour ouvrir un tel dossier, reste celle de Montaigne. Elle ne définit pas l’homme par une essence abstraite. Elle rappelle qu’en chaque individu se lit quelque chose de l’espèce entière. C’est une pensée de moraliste, mais aussi une méthode. Regarder un cas singulier, c’est déjà regarder l’humanité.
Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition.
Montaigne, Essais, livre III, chapitre 2, 1588
Cette phrase se trouve dans le chapitre « Du repentir ». Elle sert souvent de devise à une lecture concrète de l’homme, loin des systèmes trop fermés. Chez Montaigne, l’expérience personnelle n’est pas un détour narcissique. Elle est un accès à l’universel, parce que l’homme n’est jamais séparé tout à fait des autres hommes.
L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant.
Pascal, Pensées, éd. posthume, 1670, Laf. 200, Br. 347
Pascal tient ensemble deux données qu’on sépare souvent. D’un côté, la faiblesse, le corps exposé, la petitesse dans l’univers. De l’autre, la pensée, qui fait la dignité de l’homme. La formule est fameuse parce qu’elle est brève. Son intérêt réel est dans cette tension. L’homme n’est ni pur néant, ni maître assuré de la nature. Il est fragile, mais conscient de sa fragilité.
Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.
Pascal, Pensées, éd. posthume, 1670, Laf. 136, Br. 139
Le second éclair pascalien déplace la question. La condition humaine n’est pas seulement faiblesse physique, elle est aussi agitation intérieure. L’homme se fuit lui même. Il se disperse pour ne pas se voir tel qu’il est. Pour ce texte, la numérotation des fragments varie selon les éditions, ce que rappelle utilement la page Pascal, les Pensées et leur numérotation.
L’homme dans la cité, et devant les autres
Dès qu’on quitte l’intimité du sujet, la question devient politique. L’homme n’est pas seulement un être qui pense. Il vit sous des institutions, des lois, des dépendances. Rousseau ouvre Du contrat social par une phrase qui a gardé sa force, précisément parce qu’elle oppose un principe et un fait.
L’homme est né libre, et partout il est dans les fers.
Rousseau, Du contrat social, livre I, chapitre 1, 1762
Il ne s’agit pas d’un constat historique naïf sur un âge d’or perdu. La formule pose un problème de légitimité. Si l’homme naît libre, par quel droit obéit il ? Tout le livre part de là. Reprise seule, la phrase devient volontiers un slogan. Remise dans son chapitre, elle introduit une recherche sur l’autorité politique juste.
Une autre tradition, plus ancienne, dit l’homme à partir du rapport aux autres hommes. Elle ne demande pas seulement ce qu’est l’individu, mais ce qui, dans l’expérience humaine, peut ou doit nous concerner.
Homo sum: humani nihil a me alienum puto.
Térence, Heautontimoroumenos, acte I, scène 1, vers 77
La phrase latine est souvent invoquée comme maxime humaniste. Son sens, en substance, est clair : étant homme, rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Elle est d’abord une réplique de théâtre. Comme souvent, la scène donne plus de poids à l’idée que le recueil de sentences. L’humanité ne se réduit pas à l’identité, elle passe par la reconnaissance de ce qui nous lie aux autres, jusque dans leurs faiblesses.
je pense, donc je suis
Descartes, Discours de la méthode, quatrième partie, 1637
On pourrait croire la formule très éloignée de la condition humaine ordinaire. Elle en est pourtant une pièce majeure. Descartes ne définit pas l’homme en général, il établit un point de certitude pour un sujet qui doute. Cette réduction extrême a eu des effets durables : l’homme moderne se pense aussi comme conscience de soi. La phrase n’épuise pas l’humain, mais elle en éclaire un foyer essentiel.
Le propre de l’homme, et les faux évidents
Beaucoup de citations sur l’homme prétendent isoler un « propre » : la raison, le langage, le rire, la liberté. Il faut alors vérifier deux choses, la source, puis la portée exacte. Rabelais est souvent cité de mémoire. Le texte, lui, se lit dans le poème liminaire de Gargantua.
Mieulx est de ris que de larmes escripre, Pour ce que rire est le propre de l’homme.
Rabelais, Gargantua, « Aux lecteurs », 1534
La formule est exacte, mais on la coupe presque toujours de son vers d’entrée. Chez Rabelais, elle justifie un choix d’écriture, celui du rire, non une définition philosophique complète de l’être humain. C’est une bonne règle générale : une citation sur l’homme dit souvent moins ce qu’est l’homme que ce que l’auteur veut faire de son sujet.
Trois réflexes utiles
- Demander si « homme » signifie humanité, individu, ou personnage précis.
- Revenir au genre de l’œuvre, essai, traité, théâtre, poème.
- Se méfier des formules trop parfaites, qui circulent sans livre, sans chapitre et sans date.
Cela vaut aussi pour les sentences qu’on attribue vaguement à un philosophe parce qu’elles ont l’air profondes. Les formules sans texte établi relèvent plutôt du rayon des attributions douteuses. Un nom d’auteur, à lui seul, n’est pas une référence.
Ce que ces citations ont en commun
Montaigne, Pascal, Rousseau, Descartes, Térence, Rabelais, tous partent d’un angle différent. Pourtant, ils se rejoignent sur un point simple : l’homme n’est jamais un bloc. Il est à la fois corps et pensée, liberté et dépendance, singularité et ressemblance. C’est pourquoi les meilleures citations sur ce thème résistent à l’affiche. Elles obligent à rouvrir un chapitre, un fragment, une scène.
Sur un sujet aussi chargé, la sobriété reste la meilleure méthode. Six citations bien situées valent mieux qu’une série de phrases anonymes, ressassées jusqu’à perdre leur sens. C’est souvent à ce prix seulement qu’une citation sur l’homme cesse d’être une formule, et redevient un texte.
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