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Citations, sources et usages

VosCitations Citations sur la vie, avec leurs sources

Citations sur la vie, avec leurs sources

De Montaigne à Proust, quelques phrases sur la vie qui tiennent parce qu'elles reviennent au texte, à l'oeuvre précise, et non au simple nom d'auteur.

Parler de la vie oblige à resserrer le choix. Le mot peut désigner l'existence même, la conduite, la durée brève qui nous est accordée, ou encore l'intensité avec laquelle on habite ses jours. Mieux vaut donc quelques lignes nettes, venues d'oeuvres identifiées, que l'accumulation des slogans usuels.

La page de VosCitations, citations, sources et usages rappelle le réflexe de base : si l'on n'a qu'un nom d'auteur, on n'a pas encore une référence. Sur un thème aussi large, l'erreur est fréquente. Beaucoup de belles phrases sur la vie circulent seules, détachées de tout livre, de toute date, et parfois de leur véritable auteur.

Les textes qui suivent ne disent pas tous la même chose. Certains apprennent à vivre, d'autres rappellent la mort, d'autres encore font de la vie une expérience à goûter, à écrire, ou à tenter malgré tout. C'est précisément ce relief qui mérite d'être conservé.

Un mot trop large

La vie n'est pas un thème unique. Chez un moraliste, elle se pense comme conduite. Chez un poète, elle se mesure au temps. Chez un romancier, elle peut devenir expérience intérieure. La source exacte évite de tout aplatir.

Apprendre à vivre

Une première famille de textes refuse d'opposer la vie à la réflexion. Vivre n'est pas seulement durer. C'est une pratique, une tenue, parfois un travail très simple.

Notre grand et glorieux chef d'oeuvre, c'est vivre à propos.

Montaigne, Essais, III, 13, « De l'expérience », 1588

Chez Montaigne, la vie n'est pas un concept séparé de l'usage de soi. Le chapitre « De l'expérience » ramène sans cesse vers la mesure, l'attention, le juste accord entre l'âme et le corps. La formule est brève, mais elle suppose tout un art de vivre, très éloigné des grandes déclarations abstraites.

Vivre n'est pas respirer, c'est agir, c'est faire usage de nos organes, de nos sens, de nos facultés, de toutes les parties de nous-mêmes, qui nous donnent le sentiment de notre existence.

Jean Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation, livre I, 1762

Rousseau déplace le centre de gravité. Exister ne suffit pas. Il faut exercer ses facultés, entrer dans le monde, sentir sa propre puissance d'agir. La phrase est souvent isolée, mais elle prend ici place dans une réflexion sur l'éducation, donc sur une manière d'apprendre à devenir vivant.

Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin.

Voltaire, Candide ou l'Optimisme, chapitre XXX, 1759

La dernière phrase de Candide vaut moins comme devise générale que comme sortie du bavardage métaphysique. Après les systèmes, les malheurs et les discours, il reste une tâche concrète. La vie n'est pas résolue, elle est reprise dans le travail, à hauteur d'homme.

Quatre manières de dire vivre

  • Chez Montaigne, vivre est affaire de justesse.
  • Chez Rousseau, vivre suppose l'exercice de ses facultés.
  • Chez Voltaire, vivre revient à faire, plutôt qu'à commenter.
  • Chez Ronsard, vivre se pense sous la pression du temps qui passe.

Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, II, 43, 1578

Ronsard donne à la vie sa couleur la plus célèbre, celle de l'urgence. Le vers appartient à une poésie amoureuse, non à un traité moral, ce qui compte pour le sens. Il ne dit pas seulement « profiter », il relie la vie au temps, à la beauté qui passe, au conseil adressé à quelqu'un. Sur ce versant, la page des citations sur l'amour avec leurs sources prolonge utilement la lecture.

La vie à l'épreuve de la mort

Parler de la vie, c'est aussi rencontrer sa limite. Les moralistes et les philosophes reviennent sans cesse à cette évidence, non par goût du sombre, mais parce que la conscience de la fin change la valeur de chaque existence.

Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.

La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales, maxime 26, 1665

La maxime est d'une sécheresse parfaite. Elle rapproche deux réalités qu'on ne soutient pas du regard. La vie apparaît alors en creux, comme ce qui demeure sous la menace de l'aveuglement ou de la disparition. Le numéro de maxime importe ici, parce qu'il permet de revenir au recueil exact, et non à un florilège approximatif.

Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide.

Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, 1942

Camus ouvre son essai par une question limite. La vie vaut elle d'être vécue, et à quelles conditions ? Sortie de son contexte, la phrase paraît provocante. Dans le livre, elle sert au contraire de seuil, pour mesurer ce qu'une existence peut encore signifier dans un monde sans réponse dernière. Quand une formule sur la vie arrive sans titre ni date, elle relève souvent du rayon des attributions douteuses, où l'on distingue l'établi du recopié.

AuteurRéférenceAngle
MontaigneEssais, III, 13, 1588Vivre comme art de mesure
RousseauÉmile, livre I, 1762Vivre comme action
La RochefoucauldMaxime 26, 1665Vivre sous le signe de la fin
CamusLe Mythe de Sisyphe, 1942Vivre comme question philosophique

Jouir de son être, écrire sa vie, tenter de vivre

D'autres textes déplacent encore la perspective. Ils ne définissent pas la vie par l'action seule ni par la mort seule, mais par une qualité d'expérience. Il s'agit moins de survivre que de sentir, de goûter, d'élucider.

C'est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être.

Montaigne, Essais, III, 13, « De l'expérience », 1588

On retrouve le même chapitre de Montaigne, mais sous un autre éclairage. Vivre à propos, chez lui, ne signifie pas se crisper sur une règle. Cela veut dire aussi consentir à ce que l'on est, sans faux héroïsme, sans dédain du quotidien. Le mot important est peut être « loyalement ».

La vie est une cerise, la mort est un noyau, l'amour un cerisier.

Jules Renard, Journal, 18 novembre 1894

Jules Renard condense en une image ce que d'autres développent sur plusieurs pages. La date du Journal compte, parce qu'elle rappelle l'atelier d'écriture, le caractère noté, presque pris sur le vif, de la formule. Le dossier consacré à Jules Renard et à son Journal montre bien combien une entrée datée change la lecture d'un mot célèbre.

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.

Marcel Proust, Le Temps retrouvé, 1927

Chez Proust, la vie n'est pas refusée au profit du livre. Elle devient intelligible par lui. La formule ne dit pas que le monde vécu ne compte pas, mais qu'il reste obscur tant qu'une oeuvre ne l'a pas ressaisi. C'est une définition exigeante, et très proustienne, de la vie intérieure.

Le vent se lève!... il faut tenter de vivre!

Paul Valéry, Le Cimetière marin, 1920

La phrase de Valéry est souvent citée seule, et elle tient en effet par son élan. Pourtant, dans le poème, elle surgit après une longue méditation sur l'immobilité, la mer, le corps, la pensée et la mort. « Tenter de vivre » ne signifie pas posséder la vie. Cela signifie risquer un mouvement, reprendre souffle, accepter l'incertain.

Ce petit ensemble ne remplace pas le répertoire des recueils par sujet, mais il donne un principe de tri. Sur la vie, les citations solides sont rarement les plus tapageuses. Elles sont attachées à un livre, à une forme, parfois à une date précise. C'est ce lien qui les fait tenir, et qui permet encore de les relire sans les transformer en phrases anonymes.

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